Entre rivières impétueuses, lacs miroirs et récits enfouis, le Département consacre 18 mois à un élément essentiel : l’eau. « D’avril 2026 à septembre 2027, plus de 50 sites culturels et naturels en explorent les multiples visages : vital, mouvant, sacré, parfois menaçant, toujours fondateur », précise Jean-Pierre Barbier, président du Département de l'Isère.Avec près de 8 000 kilomètres de cours d’eau et plus d’un millier de lacs et étangs, l’Isère est un territoire profondément marqué par l’eau. Ressource vitale autant que force narrative, elle sculpte les paysages, traverse les récits industriels et nourrit les imaginaires. La saison entend en révéler toute la complexité à travers expositions, résidences, spectacles et grands rendez-vous festifs, mêlant patrimoine, usages populaires, mémoire collective et création contemporaine.
UN RÉSEAU MUSÉAL COMME COLONNE VERTÉBRALE
Au cœur du dispositif, les 11 musées départementaux jouent un rôle structurant. Répartis sur l’ensemble du territoire, ils articulent patrimoine, recherche et création contemporaine. Plusieurs accueilleront des expositions majeures, de Grenoble à Villard-Bonnot. Tous sont en accès gratuit, affirmant un choix fort de démocratisation culturelle et de circulation libre des publics.
CET ÉTÉ, DÉCOUVREZ TROIS ARTISTES MAJEURS DE LA SAISON CULTURELLE
Pierre Luu — Carte blanche avec Le Songe de Bergès
Ingénieur hydraulicien et artiste inventeur marseillais, Pierre Luu est un fontainier poète qui fait couler, danser et parler l’eau. Dès le 5 juin 2026, il présentera sa carte blanche Le Songe de Bergès à la Maison Bergès (Villard-Bonnot). Hommage à Aristide Bergès, inventeur de l'hydroélectricité, il y déploie une machine fantastique et énigmatique animée par l’énergie hydraulique pour célébrer le génie industriel isérois. À la croisée de l’art, de l’ingénierie et du paysage, Pierre Luu imagine depuis plus de vingt ans des installations où l’eau devient matière poétique. Avec Le Songe de Bergès, il poursuit cette exploration d’une eau vivante et liée aux territoires. Rencontre.
Vous êtes à la fois ingénieur hydraulicien et artiste. Comment ces deux univers se sont-ils rencontrés ?
— Il y a toujours eu les deux en moi. J’ai suivi une formation d’ingénieur à Montpellier, puis des cours du soir aux Beaux-Arts. J’ai aimé la science pour son utilité sociale, et l’art pour le plaisir qu’il procure. À un moment, l’eau est devenue un terrain commun. J’ai travaillé sur les fontaines, puis en tant qu’enseignant, et aussi à l’étranger. Ce qui m’intéresse, c’est ce croisement permanent entre technique et imaginaire.
Qu’est-ce qui vous fascine dans l’eau ?
— Son caractère vivant. Dès qu’on met les gens en contact avec l’eau, il se passe quelque chose. C’est une forme de reconnexion immédiate à quelque chose d’essentiel. L’eau est à la fois ludique, sensorielle et profondément universelle.
Qu’aimeriez-vous que le public retienne de cette installation ?
— Qu’il y ait une expérience directe, physique, de l’eau et de l’énergie. Qu’on comprenne en faisant. Et surtout que cela provoque une forme de plaisir, presque enfantin, dans la découverte. Si le rêve peut devenir tangible, alors le projet a du sens.
Interview complète à retrouver sur moka-mag.com.
Jérôme Rasto — Carte blanche avec Les 4 Fleuves du Paradis
Peintre-plasticien et « troubadour urbain », Jérôme Rasto marie enluminures médiévales, esthétique du vitrail et street-art dans des œuvres lumineuses et narratives. À partir du 5 juillet 2026, il investit le jardin médiéval de l’abbaye de Saint-Antoine-l’Abbaye pour sa carte blanche. Il y explorera le lien entre nature et spiritualité à travers des peintures, installations et créations inspirées du vitrail dialoguant avec les sources, fontaines et végétaux du lieu. L’eau y sera sacrée, vitale et purificatrice pour une expérience contemplative et visuellement éblouissante. Rencontre.
Pourquoi le jardin médiéval de Saint-Antoine-l’Abbaye vous a-t-il particulièrement inspiré ?
— Ce jardin est une évocation du Paradis terrestre, structuré autour des quatre fleuves du Paradis. Il est coupé du monde : on y perd la notion du temps.
En arrivant, tout était déjà là : la fontaine aux dragons, les sources, les végétaux, les fenêtres aveugles… C’était une invitation à redonner vie à ces espaces par le vitrail et la couleur.
Le jardin des simples, le jardin andalou, le jardin du parfumeur… Chaque partie raconte une histoire de soin, de contemplation et de lien à la nature. J’y ai vu un paradis rêvé, propice à la spiritualité et à la rêverie.
Comment allez-vous intégrer la symbolique de l’eau dans votre carte blanche ?
— L’eau est le fil conducteur. Je vais créer une allégorie moderne des quatre fleuves du Paradis avec de grands verseurs personnifiés, comme des jarres monumentales ou des figures qui déversent l’eau.
Ces éléments dialogueront avec la fontaine existante.
J’explorerai le caractère à la fois sacré et magique de l’eau : fontaine de jouvence, eau purificatrice, vitale, mais aussi mystérieuse et profane. L’idée est de faire parler le lieu lui-même.
Quelle émotion souhaitez-vous que le visiteur emporte ?
— Je souhaite qu’il ressente une évocation sereine du Paradis : quelque chose de contemplatif, lumineux, apaisant.
L’eau comme fil rouge mène vers une vision de l’inconnu et de l’après-vie.
Ayant perdu mon père, cette proposition porte aussi une dimension personnelle : imaginer un ailleurs lumineux où l’on se reconnecte à l’essentiel.
Une expérience visuellement éblouissante, narrative et rassurante, qui invite à ralentir, à rêver et à se poser les grandes questions avec émerveillement.
Interview complète à retrouver sur moka-mag.com.
Gideon Mendel — Drowning World
Photographe sud-africain de renommée mondiale et ancien reporter de l’apartheid, Gideon Mendel développe depuis plus de vingt ans Drowning World, un projet consacré aux inondations liées au réchauffement climatique. Du 5 juin 2026 au 25 avril 2027, le Musée de la Résistance et de la Déportation de l’Isère, à Grenoble, en présentera une sélection inédite. Dans ces images prises au cœur des eaux, le photographe dépasse le simple constat pour révéler la fragilité des existences autant que la dignité de ceux qui les traversent. Entre témoignage et mémoire collective, son travail construit un récit sensible du dérèglement climatique et de ses conséquences humaines.
QUELQUES TEMPS FORTS À NE PAS MANQUER CET ÉTÉ
Reflets du Nil
Du 4 avril au 22 novembre 2026 — Musée Champollion à Vif
Du monde antique aux rives d’aujourd’hui, une exposition consacrée au Nil, berceau de la civilisation égyptienne.
Hector prend les eaux !
Du 27 juin au 31 décembre 2026 — Musée Hector-Berlioz à La Côte-Saint-André
Villes d’eau, thermalisme et mondanités au XIXe siècle.
Week-end festif #7
Les 5 et 6 septembre 2026, de 11 h à 18 h
Jonglage en aquarium, marionnettes en quête d’un lac disparu, mini fête foraine aquatique, causeries autour d’une goutte d’eau…
Avec l’eau pour fil conducteur, spectacles, jeux, visites guidées et animations éclabousseront petits et grands.
Lumières au musée
Du 12 au 20 novembre 2026 — Musée de la Résistance et de la Déportation, Grenoble
Laissez-vous happer par la poésie des abysses dans une cour immergée de reflets et de sons aquatiques.
Au programme : photographies de Gideon Mendel, courts-métrages dans une caravane-cinéma et visites au fil de l’eau dans l’ancienne pisciculture devenue musée.
SANS OUBLIER LES PARCS ET JARDINS DES MUSÉES DÉPARTEMENTAUX
Avec l’arrivée de l’été, les 11 musées départementaux de l’Isère placent leurs parcs et jardins au cœur de leur programmation. Souvent remarquables et irrigués, ces espaces deviennent des lieux de vie et de découverte articulés autour du thème de l’eau. Tout au long de l’été, le public pourra profiter de visites guidées, ateliers familiaux, pique-niques musicaux, performances artistiques et escape games.
ET LA PROGRAMMATION « RENDEZ-VOUS NATURE »
La programmation Rendez-vous Nature constitue l’un des volets majeurs de la saison consacrée à l’eau en Isère. Elle s’appuie sur les Espaces Naturels Sensibles (ENS), un réseau de sites protégés — zones humides, berges, étangs, prairies ou forêts alluviales — riches en biodiversité. Plus de 280 animations gratuites sont proposées sur une cinquantaine de sites : sorties guidées, ateliers, balades sensorielles, crépusculaires ou nocturnes, ainsi que des rendez-vous festifs.
En lien direct avec la saison culturelle, ces expériences de terrain invitent à explorer les enjeux de l’eau, entre observation du vivant et lecture des paysages.
« EAU, QUELLE HISTOIRE » EN BREF
• Une saison culturelle mêlant expositions, artistes invités et rendez-vous festifs.
• Du 31 mars 2026 au 30 septembre 2027.
• Plus de 50 sites culturels et naturels partenaires.
• Gratuit pour la plupart des événements programmés.
Vous l’aurez compris, cette saison riche, sensible et profondément territoriale invite à (re)découvrir l’Isère à travers le prisme de l’eau, sous toutes ses formes !

