Publié le 4 décembre 2025
Nash Weerasekera, entre deux mondes et mille histoires
Crédit photo : Silent company © Nash Weerasekera
Portfolio

Nash Weerasekera, entre deux mondes et mille histoires

Des illustrations à la fois poétiques, surréalistes et terriblement cinématographiques
Art
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Portfolio

Né au Sri Lanka, installé à Melbourne, Nash Weerasekera s’est fait connaître sur les réseaux sociaux durant la pandémie grâce à ses images à la fois poétiques, surréalistes et terriblement cinématographiques. Avec leurs couleurs feutrées, leurs silhouettes anonymes et leurs cadres millimétrés, ses compositions ouvrent des fenêtres sur des récits que chacun est libre d’imaginer. Rencontre avec un illustrateur qui transforme la lumière et le silence en matière narrative.

Crédit photo : (Small)Lighthouse © Nash Weerasekera

Tu es né au Sri Lanka, as vécu en Australie et vis désormais à Londres. En quoi ce parcours géographique a-t-il façonné ta vision artistique ?

Je pense que le fait d’avoir vécu dans différents endroits m’a permis d’expérimenter diverses cultures et d’explorer des styles artistiques influencés par ces environnements et les personnes qui les habitent. Je crois profondément en l’évolution constante de la vision artistique d’un individu — et ces différents lieux ont sans aucun doute agi comme des catalyseurs.

Tu n’as pas suivi un parcours artistique traditionnel. Qu’est-ce qui t’a poussé à persévérer dans le dessin jusqu’à en faire ton métier ?

Le dessin — ou plutôt le gribouillage — a toujours fait partie de ma vie, depuis l’enfance. Je commençais par croquer mes professeurs pendant les cours (ce qui m’a parfois valu quelques ennuis), avant de m’essayer à l’art de rue puis à la peinture. J’ai obtenu un diplôme d’architecture à la RMIT University de Melbourne, pensant à l’époque que c’était un moyen stable d’exprimer ma créativité. Mais durant mes études, j’ai compris que je pouvais peut-être vivre de mon art, à condition d’y consacrer tout mon travail et mon énergie.

La pandémie semble avoir été un tournant dans ton parcours. Comment cette période a-t-elle transformé ton rapport à la création ?

Quand la pandémie a frappé, je travaillais comme barman dans un cocktail bar et j’exposais mes peintures en galerie. Mais avec la fermeture des bars et des galeries, tout s’est arrêté. N’ayant plus de revenus ni les moyens d’acheter du matériel, j’ai commencé à expérimenter sur iPad… et c’est ce qui m’a conduit là où je suis aujourd’hui.

Tu as rapidement attiré l’attention sur les réseaux sociaux. Comment expliques-tu cet engouement autour de tes images ?

Je dois avouer que je ne me suis pas trop penché sur la question. J’utilise les réseaux sociaux surtout comme un portfolio, avec très peu d’éléments personnels. La plupart du temps, je publie des croquis d’échauffement ou des pièces personnelles réalisées entre deux commandes, comme une respiration. Ce sont souvent des choses que je trouve moi-même intéressantes — peut-être que les gens se reconnaissent dans l’humour ou le cynisme que j’y glisse ? Désolé, je ne sais pas si cela répond vraiment à la question !

Crédit photo : Drifting © Nash Weerasekera

Tes compositions révèlent une grande précision dans le cadrage et une maîtrise remarquable de la lumière. D’où te vient cette sensibilité presque « cinématographique » ?

J’aime observer tout et n’importe quoi — que ce soit lors de mes balades, en voiture ou simplement dans une file d’attente pour un café. Il y a des moments, des instantanés du quotidien, que je trouve fascinants. Dans la réalité, tout n’est pas toujours parfaitement cadré ou « cinématographique », mais quand je dessine, je ressens intuitivement quand quelque chose me semble juste. Et parfois, cela résonne aussi chez les autres.

Quels films, réalisateurs ou univers visuels nourrissent ton imagination ?

De manière générale, j’aime le surréalisme et l’absurde. J’aime quand le banal est sublimé, quand l’ordinaire devient autre chose. Et j’aime la juxtaposition entre le quotidien et le surréel.

Beaucoup de tes personnages sont représentés de dos, comme s’ils invitaient le spectateur à partager leur point de vue. Que signifie pour toi ce motif récurrent ?

C’est exactement cela. J’ai commencé à le faire inconsciemment, jusqu’à ce qu’on me le fasse remarquer. Je crois que je crée avant tout des choses que j’aimerais moi-même regarder.

Comment une image prend-elle vie chez toi ? À quoi ressemble ton processus créatif, du croquis à l’œuvre finale ?

Tout dépend du projet. Pour une commande, il y a souvent un cadre précis à respecter. Pour mes œuvres personnelles, je pars souvent d’un mot, d’une expression ou d’un idiome qui m’inspire. Je me laisse alors la liberté de l’interpréter de différentes manières — même si, la plupart du temps, l’idée est déjà très claire dans mon esprit avant de commencer. Ensuite, il s’agit simplement d’essayer de la traduire en image… avec plus ou moins de succès.

Tu navigues aisément entre peinture, dessin et travail numérique. Comment choisis-tu le bon médium pour chaque projet ?

Le dessin — au stylo et sur papier — est pour moi le lien entre la peinture et le travail numérique. Je réfléchis mieux sur le papier. Aujourd’hui, je garde la peinture comme une pratique personnelle, tandis que l’illustration numérique représente plutôt mon activité professionnelle.

Quelle place occupe aujourd’hui la peinture dans ta pratique, alors que tes images circulent surtout en ligne ?

Une place essentielle, très intime. Depuis que l’illustration numérique est devenue ma principale source de revenus, je peux peindre sans pression financière. Je n’ai plus besoin de montrer mes toiles tant que je ne suis pas prêt à les exposer. 

J’espère d’ailleurs bientôt pouvoir prendre une pause pour me consacrer uniquement à la peinture pendant quelques mois.

Sur quoi travailles-tu actuellement ?

Je travaille sur plusieurs commandes, à la fois commerciales et éditoriales. Mais le projet qui m’enthousiasme le plus en ce moment, c’est une collection d’œuvres, d’affiches et de produits dérivés autour du Sri Lanka, destinée à décorer un pub historique — le Sydney Hotel à Galle — appartenant à un ami.

Propos recueillis par Carole Cailloux

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