Il y a des œuvres qui refusent obstinément les étiquettes. 200 Motels en fait partie. Du 18 au 28 juin 2026, le Bâtiment des Forces Motrices (BFM) à Genève accueille cette fresque musico-théâtrale imaginée par Frank Zappa, figure mythique du rock américain.
Un choix aussi audacieux que symbolique : le directeur général du Grand Théâtre de Genève, Aviel Cahn, a décidé d’en faire le spectacle de clôture de son mandat, après l’avoir inauguré quelques années plus tôt avec l’expérimental Einstein on the Beach de Philip Glass. À l’origine, 200 Motels est un projet totalement atypique. Zappa y transforme la vie de tournée de son groupe, les légendaires Mothers of Invention, en une sorte de road-movie musical halluciné. Frank, Mark, Howard et leurs comparses traversent les États-Unis de motel en motel, de concert en concert, pris dans un tourbillon d’excès, de fantasmes et de délires. Derrière ces personnages affleurent les doubles de Zappa et de ses musiciens, plongés dans une Amérique où le rêve et la désillusion s’entrechoquent.
L’œuvre, elle aussi, ressemble à un patchwork volontairement indiscipliné. Rock, musique contemporaine, opéra et comédie musicale s’y croisent dans un mélange à la fois satirique et sophistiqué. Fidèle à sa fameuse « conceptual continuity », Zappa y tisse des motifs musicaux, des personnages et des idées qui réapparaissent d’une œuvre à l’autre, formant un univers labyrinthique et profondément personnel.
Créé dans les années 1970 sous différentes formes — concert, film, album — 200 Motels reste une pièce rare sur scène. La production genevoise marque d’ailleurs une première en Suisse. À la mise en scène, l’Américain Daniel Kramer promet un spectacle visuellement flamboyant, fidèle à l’énergie psychédélique de l’œuvre. À la direction musicale, Titus Engel dirige l’Orchestre de la Suisse Romande, épaulé par un rock band emmené par le guitariste virtuose Mike Keneally et par le trio suisse d’improvisation contemporaine Steamboat Switzerland.
Sur scène, le baryton Robin Adams et la soprano colorature Brenda Rae portent une distribution internationale qui navigue entre théâtre, chant lyrique et performance rock. Entre critique du rêve américain, satire politique et délire musical assumé, 200 Motels s’annonce comme une expérience scénique hors norme.
Un opéra à l’esprit grand ouvert — comme le disait Zappa lui-même : « L’esprit, c’est comme un parachute : s’il n’est pas ouvert, ça ne marche pas. » À Genève, il faudra donc s’attendre à une soirée aussi imprévisible qu’électrisante.

