Derrière Thylacine, il y a William Rezé, musicien formé au saxophone et à l’improvisation. Depuis plus de dix ans, il compose en mouvement, transformant ses voyages en laboratoire sonore. Avec Roads Vol. 3, sans doute son projet le plus ambitieux, il pousse encore plus loin l’idée que le paysage peut façonner la musique.
Roads Vol. 3 : la Namibie comme studio à ciel ouvert
Pour ce nouvel album, Thylacine est parti en Namibie, l’un des pays les moins densément peuplés du monde. Trois mois et demi hors réseau, accompagné de sa caravane Airstream – acheminée par bateau, cabossée par la piste, aujourd’hui abandonnée près de Roissy. À ses côtés, sa compagne, Cécile Chabert, qui signe les images d’un documentaire et des clips associés au disque. L’environnement est radical : silence écrasant, lumière tranchée, routes improbables. « Je voulais voir jusqu’à quel point l’environnement peut influencer la création », dit-il. La déconnexion y est totale : pas de réseau, pas de téléphone, seulement l’espace, le vent et le temps long. Une respiration rare qui imprègne les textures du disque.
Des voix rencontrées au hasard
Sur la route, les rencontres nourrissent la création : une chorale locale souffle sur Shark Island, des voix Himba habitent Dokido et Nawa. Thylacine les crédite, les rémunère, documente leurs histoires. Dans les villages sans électricité, il ressort son saxophone : la musique redevient langage commun.
Une terre qui bouleverse
La Namibie est un choc esthétique, mais aussi historique et politique. Ancienne colonie allemande marquée par des violences longtemps passées sous silence, elle abrite une mosaïque de peuples dont certains refusent encore la modernité. Pour l’artiste, impossible de quitter ce territoire avec seulement douze morceaux : il fallait raconter d’où venaient ces voix, ces rythmes, ce climat si particulier. La nature, elle, impose sa loi : rhinocéros sur la route, hippopotames tournant autour de la caravane, serpents dans les sanitaires. Une présence totale, presque primitive, qui ramène Thylacine à l’essentiel. Depuis ce voyage, son téléphone ne passe plus la porte de sa chambre ni de son studio.
Un album comme un carnet de route
Roads Vol. 3 n’est pas seulement un album : c’est un récit de terrain. Il prolonge l’exploration menée dans Transsiberian, puis Roads Vol. 1 et Vol. 2, mais franchit un palier dans l’immersion. Chaque piste est façonnée par un lieu, une rencontre, une respiration différente. On y entend le grain de la route, la rugosité du désert, mais aussi une humanité vibrante qui traverse le disque.Sur scène, Thylacine retrouve la part improvisée de son histoire. Il mêle saxophone et machines, prolongeant l’esprit du voyage : celui d’un musicien qui avance par curiosité, par écoute, et qui fait de chaque projet une fenêtre ouverte sur le monde. Avec Roads Vol. 3 (Yotanka Records, 2025), il signe l’un de ses projets les plus sensibles et incarnés, un album façonné par la route et habité par celles et ceux qui la traversent.

