Depuis 1997, Mediatone trace un sillon singulier dans le paysage culturel lyonnais. Née d’une énergie bénévole et d’une passion partagée pour la musique live, l’association a grandi sans jamais renoncer à son ancrage de terrain, à son modèle associatif ni à ses valeurs d’engagement, de transmission et d’indépendance. À l’heure où l’écosystème musical se fragilise, Mediatone continue de défendre une vision exigeante et inclusive de la culture. Rencontre avec Paco Chetail, responsable des relations presse et partenariats.
Mediatone existe depuis 1997. Quel était l’élan de départ ?
À l’origine, c’était très simple. Jérôme et Éric étaient étudiants, entourés de copains, avec une passion commune pour la musique et une envie assez instinctive de faire quelque chose d’utile. Le tout premier concert à avoir été organisé était Louise Attaque, une chance à l’époque ! On était dans la débrouille totale, fin des années 90, avec une petite équipe de bénévoles, beaucoup d’huile de coude et peu de moyens. Au départ, on naviguait surtout entre chanson, rock et pop. Puis d’autres sensibilités sont arrivées, notamment avec Sylvain Grasset, et Reperkusound est né. L’électro a pris une plus grande place, mais sans jamais effacer le reste : punk, rock, formats hybrides...
En presque trente ans, Mediatone est passée d’une poignée de bénévoles à une structure de référence. Comment s’est faite cette expansion ?
Sans précipitation. Jérôme venait du commerce, Éric de l’informatique, chacun a apporté ses compétences, mais on a surtout appris en marchant. Pendant très longtemps, Mediatone a tourné avec deux à quatre salariés. On s’est formés sur le tas, on a structuré progressivement, sans brûler les étapes. L’accélération est venue plus tard, ces dernières années, avec l’augmentation du nombre d’événements et la diversification des activités. Aujourd’hui, on organise plus de 100 événements par an, on pilote plusieurs festivals, des concerts, des rencontres professionnelles. En 2025, Mediatone, c’est 20 salariés. Une vraie machine, oui, mais une machine humaine, construite sur des années d’aventures collectives.
En 2025, Mediatone, c’est 20 salariés. Une vraie machine, oui, mais une machine humaine, construite sur des années d’aventures collectives.
Comment avez-vous grandi sans perdre cette éthique de terrain ?
Le format associatif y est pour beaucoup. On ne l’a jamais remis en question. La gouvernance est très horizontale, les équipes sont consultées, impliquées. On essaie de rester au plus près des réalités. Il y a aussi cette volonté forte d’amener la culture là où elle est moins accessible : des open airs gratuits avec des associations de quartier, des coproductions avec des structures plus petites que nous, un travail constant d’entraide. Et puis il y a tout le travail sur les valeurs : l’écologie, la RSE, la réduction des risques, la notion de safe space. Toute l’équipe est formée, il y a des référents, des dispositifs concrets. Ce ne sont pas des mots-clés, ce sont des pratiques quotidiennes, y compris en interne.
Vos festivals sont très différents les uns des autres. Peux-tu les présenter rapidement et quelle est la ligne commune ?
La passion, au sens premier. La musique comme fête, comme plaisir partagé. On est des épicuriens du concert. Reperkusound explore toutes les esthétiques électroniques, mais le format a évolué. On a dit au revoir au Double Mixte, on a changé d’échelle, investi la Halle Tony Garnier, le Transbordeur. C’est devenu un rendez-vous très identifié à Lyon, mais sans perdre son
exigence artistique. Plane’R Fest, c’est le metal sous toutes ses formes, avec une programmation internationale,
mais pensée pour rester accessible, conviviale, donner envie même à ceux qui n’y connaissent rien. Les Authentiks, avec la Locomysic de Vienne, ont beaucoup évolué aussi : d’une programmation très éclectique vers un ancrage plus marqué dans le rap, dans un lieu exceptionnel, le théâtre antique. L’Aqueduc Festival, à Chaponost, à dix kilomètres de Lyon, est encore différent : un projet « groove & food » porté par la mairie, dans un site classé unique, avec une proposition groove, funk, pop, et un vrai parti pris culinaire. Pas de foodtrucks, mais des chefs étoilés et du show cooking. La qualité, partout, jusque dans l’assiette !
L’action culturelle est un pilier fort de Mediatone. Comment se concrétise-t-elle ?
Elle s’articule autour de trois grands axes, dans une logique d’éducation populaire. Depuis plus de dix ans, nous intervenons en milieu carcéral à travers des ateliers, concerts et échanges autour des métiers de la musique. Nous menons aussi des actions dans les quartiers prioritaires, en lien étroit avec les acteurs locaux. L’insertion, la transmission et le bénévolat sont également centraux : accueil de personnes en TIG, services civiques... Mediatone a enfin lancé les Rencontres Diskover, une journée dédiée aux particuliers et aux professionnels, mêlant ateliers, conférences et speed-meetings, avec toujours la volonté de structurer et transmettre.
Dans le contexte actuel, comment voyez-vous l’avenir ?
Il est clairement inquiétant ! L’arrêt de Woodstower, la fin du nocturne festif à La Rayonne, les interdictions autour du Lyon Antifa Fest, la baisse des subventions et la montée en puissance de productions privées ultra-financées dessinent un paysage culturel de plus en plus verrouillé. Nous devons être rentables sans renier nos valeurs : accepter les compromis, jamais la compromission. C’est un équilibre très fragile. Reperkusound reste un pilier économique, mais rien n’est vraiment acquis : certaines dates ne peuvent plus être rentables, même à guichets fermés, entre baisse des aides et hausse continue des cachets et des coûts techniques. Malgré tout, on continue, on soutient des formes engagées et on prépare un nouveau projet : la création d’une école de formation labellisée aux métiers de la musique.
Au fond, quel est le combat de Mediatone aujourd’hui ?
Continuer à défendre nos valeurs : insertion, transmission et engagement humain. « Activisme musical » n’est pas un slogan, mais une ligne de conduite. Défendre une culture inclusive, diverse et indépendante, refuser que la disparition des festivals associatifs devienne une fatalité. La musique est un acte politique, même quand elle est festive : tant qu’elle circule, rassemble et crée du lien, c’est mission accomplie !
Continuer à défendre nos valeurs : insertion, transmission et engagement humain


