À Lyon, un cycle s’achève, un autre commence. Depuis fin janvier, Margot Videcoq a pris les rênes des SUBS, succédant à Stéphane Malfettes. Son ambition ? Consolider l’ADN indocile du lieu tout en affirmant une ligne éditoriale structurée autour de grands rendez-vous fédérateurs. Rencontre avec une directrice qui pense la culture comme un espace d’expérimentation, de frottement et de lien.
Que souhaitez-vous préserver et impulser ?
Je tiens d’abord à prolonger ce qui fait la singularité des SUBS : un lieu impossible à enfermer dans une case. Ici, aucune discipline ne domine. La danse dialogue avec les arts visuels, la performance avec la musique, le théâtre avec les formes hybrides. Cette liberté est précieuse. Les résidences constituent l’autre pilier fondamental. Dix-huit chambres, des artistes présents sur la durée, des étapes de travail ouvertes au public : ce rapport direct à la création est rare. Il crée une relation exigeante mais vivante avec les spectateurs, qui viennent autant pour voir une œuvre aboutie que pour assister à son élaboration. Ce que je souhaite renforcer, c’est la dimension de lieu de vie. Un endroit où l’on vient le matin travailler, l’après-midi rencontrer, le soir célébrer. Les espaces extérieurs, très investis dès les beaux jours, doivent devenir un point de rassemblement naturel. La fête y a sa place : elle est une manière d’habiter collectivement une ville.
Les SUBS revendiquent une identité inclassable. Comment cultiver cette singularité sans la diluer ?
En assumant l’éclectisme, mais en lui donnant une ossature. Je ne crois pas à une succession d’événements isolés : je préfère installer des repères. La saison s’articulera désormais en quatre temps — un par saison — chacun traversé par une question sociétale. À l’automne, la performance sera au cœur du projet, en lien avec l’ENSBA Lyon. L’hiver prolongera « Sauve qui peut la vie » autour des enjeux numériques. Le printemps explorera les gestes et sons traditionnels revisités par la création contemporaine. L’été prendra la forme d’un festival de proximité autour du climat. Chaque temps fort intégrera une dimension participative : le public pourra prendre part au processus de création.
En quoi votre parcours nourrit-il cette vision ?
Formée à la danse, j’ai choisi assez tôt d’accompagner les artistes. J’ai travaillé dans la communication culturelle auprès de Jeff Mills puis d’Emmanuelle Parrenin, avant de codiriger les Les Laboratoires d’Aubervilliers pendant six ans. Cette trajectoire m’a appris qu’un lieu culturel est d’abord un espace de recherche et de dialogue. Aux SUBS, je veux défendre une culture fondée sur la réciprocité : un terrain d’expérimentation pour les artistes comme pour les publics.
Aux SUBS, on ne vient pas juste assister à un spectacle : on vient passer du temps.
Avec quels artistes souhaitez-vous travailler ?
Je pense à Eric Minh Cuong Castaing, dont le travail explore les modes relationnels et la perception des corps contemporains, et à No Anger, qui interroge puissamment les normes. J’aimerais aussi accompagner Marvin M’toumo, à la croisée du design, de la mode et de la performance, ainsi que la chorégraphe Anna Massoni. Soutenir des artistes émergents comme Céleste Cherche, Léna Aboukrat ou Hang Hang fait également partie des artistes « pépites », programme de professionnalisation à destination des jeunes créateurs. Les SUBS doivent rester un espace poreux, accueillant des trajectoires hybrides et indisciplinées. On n’y vient pas seulement voir un spectacle : on y vient passer du temps.
Vous évoquez le terme de « lieu de vie » pour décrire les SUBS.
Oui, et cela suppose des choix très concrets. L’offre de restauration va être repensée : le bâtiment à l'entrée, ancien restaurant fermé depuis quelques années retrouvera sa vocation de restaurant d’ici la fin de l’année. En attendant, les food trucks feront leur retour aux beaux jours. Nous allons aussi développer davantage de propositions pour les enfants et associer plus étroitement les familles à la vie du lieu. C’est un espace traversé par la ville, joyeux, accueillant. Aux SUBS, on ne vient pas juste assister à un spectacle : on vient passer du temps.
Le festival « Transforme », lancé en 2023, revient à Lyon du 11 mars au 3 avril. Que représente-t-il pour vous ?
Transforme est né d’un élan commun : relier plusieurs territoires autour de la création contemporaine. Initié par la Fondation d’entreprise Hermès avec Les SUBS, le Théâtre de la Cité internationale, la Comédie de Clermont-Ferrand et le Théâtre National de Bretagne, le festival repose sur l’itinérance et la coopération.
Quatre villes, un socle commun, des déclinaisons locales : performances, danse, arts visuels, musique s’y croisent dans un esprit pluridisciplinaire fidèle à l’ADN des SUBS. Le fil rouge de cette année interroge notre capacité à « faire collectif » dans un monde instable.
Au-delà de la programmation, Transforme déploie un véritable travail de médiation, en lien avec les territoires. Une manière d’affirmer une création exigeante mais ouverte, pensée en réseau et tournée vers les publics. L’objectif n’est pas d’illustrer le monde, mais d’ouvrir des espaces de pensée et d’action partagée.
Propos recueillis par Carole Cailloux


