Publié le 1 septembre 2026
LES TÊTES DURES : La poésie de la matière
Crédit photo : Fleurs numérotées © Les têtes dures
Portfolio

LES TÊTES DURES : La poésie de la matière

Rencontre avec un créateur d'objets à forte personnalité
Art
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Sculpture, Portfolio

Designer de formation, Guillaume Besnard est le créateur des Têtes Dures, une collection de sculptures et d'objets colorés où le design rencontre l'artisanat, la récupération et l'émotion. Réalisées à partir de matériaux réemployés, ses créations donnent naissance à des personnages singuliers, à la fois graphiques, bienveillants et profondément vivants. À l'occasion de la couverture de ce MokaMag de rentrée, il revient sur son parcours, son rapport à la matière et sa vision d'un design sensible, pensé pour habiter nos intérieurs… et peut-être demain l'espace public. Rencontre. 

Crédit photo : Léandre © Les têtes dures

Comment est né le projet LES TÊTES DURES ?

Le projet est né un peu par une suite improbable d'événements et de situations. J'avais pris un atelier avec deux amis designers pour monter un projet autour de la déco et du design d'intérieur, mais le projet n'a jamais abouti. Le lieu s'est plutôt transformé en garçonnière où on se retrouvait le soir pour boire des coups. On a tenté quelques expérimentations autour du papier et du bois, mais rien n'a abouti. Surtout que l'un a eu une petite fille, Mina, et l'autre s'est associé avec son ancien employeur pour monter un studio de design..

À côté de ça, j'avais commencé la rénovation de mon appartement et j'avais souvent des rebuts de matériaux à l'atelier, pas mal de  béton cellulaire. Tout est parti de là. C'est une matière facile à modeler et j'ai commencé à créer des sculptures avec.

Pour moi, c'était un moyen de retrouver la création à l'état pur, sans contrainte ni usage lié à mon métier et ma formation de designer. 

Tout s'est enchaîné rapidement. J'ai eu l'opportunité de me mettre à mon compte comme designer indépendant pour développer davantage ce projet. Je gardais des missions de design et, en parallèle, j'allais à l'atelier le soir et les week-ends. Puis ça a commencé l'après-midi, pour finir par y aller de 7 h à 23 h tous les jours et ne plus faire que ça aujourd'hui. C'est assez fou.

Pour venir au nom LES TÊTES DURES, il vient de cette envie de créer une famille d'objets où chaque sculpture ou tableau est une tête, un personnage avec sa personnalité et son caractère. Mais le nom est aussi tiré de l'expression « avoir la tête dure », qui signifie être têtu, ne pas changer facilement d'avis. Ça fait écho à mon caractère et à cette idée un peu folle de me dire que je pourrais un jour vivre de ça.

Vous réalisez la couverture de ce nouveau MokaMag. Que raconte cette création ?

Cette illustration a été réalisée dans le cadre du programme Omart, le célèbre incubateur pour les artistes lyonnais. J’ai choisi celle-ci car son rendu est à la fois universel dans ses couleurs et très architectural. C’est aussi pour moi l’occasion de faire un clin d’œil à Gaëlle, directrice du programme, et de vous inviter à partir du 19 septembre sur les toits de Perrache pour le festival AiRT DE FAMILLE, dont j’ai eu l’honneur d’assurer la direction artistique en compagnie de Piment Martin.

Crédit photo : Mini Tableau Œil (collab avec Hellocast) © Les têtes dures

Votre travail est avant tout une histoire de matière. D'où vient ce besoin de fabriquer ?

J'ai toujours bricolé. J'ai grandi dans une famille où l'on créait beaucoup : mon père bricolait, ma mère fabriquait énormément de choses, ma grand-mère était couturière. Très tôt, j'ai compris que j'avais besoin de travailler avec mes mains. En devenant designer, j'ai progressivement basculé vers le numérique. Tout allait plus vite, mais je ressentais une forme de frustration. J'avais besoin de retrouver le contact avec la matière, d'expérimenter, de comprendre les matériaux et les outils. C'est là que je retrouve aujourd'hui toute la magie de la création.

Vous utilisez souvent des matériaux de seconde main. Pourquoi ce choix ?

Au départ… pour une raison très simple : leur prix ! (rires) Mais cette démarche est vite devenue une véritable philosophie. J'aime récupérer des matériaux auxquels plus personne ne prête attention et leur offrir une nouvelle vie. Pour moi, une sculpture naît aussi du dialogue entre plusieurs matières : le béton, le marbre, le bois ou encore le métal. À terme, j'aimerais collaborer avec d'autres artisans afin d'explorer encore davantage ces rencontres entre les savoir-faire.

Chaque « Tête Dure » semble posséder sa propre personnalité. Comment naissent-elles ?

Il existe deux approches. Certaines pièces naissent d'une envie très personnelle, d'un hommage à un architecte, un designer ou à une matière que je découvre. D'autres sont réalisées sur commande et s'inspirent directement de la personnalité de la personne à qui elles sont destinées. Les couleurs, les proportions, les matières, mais aussi le regard donnent vie à ces personnages. L'œil est devenu ma signature. C'est lui qui apporte cette présence presque humaine à chaque création.

Sont-ils imaginés avant le travail de la matière ou apparaissent-ils progressivement au fil de la création ?

Parfois, c'est le point de départ, comme pour une commande personnalisée ou lorsque je rends hommage au travail d'un ou d'une créatrice.

Parfois, leur personnalité naît au fil du travail, mais je cherche toujours à créer un personnage attachant et bienveillant.

La couleur occupe une place essentielle dans votre univers.

Au début, mes sculptures étaient entièrement blanches. Puis j'ai changé d'atelier, j'ai retrouvé la lumière naturelle… et la couleur est arrivée presque en même temps. Elle représente pour moi la joie, la chaleur et l'énergie. Mon langage formel reste volontairement très simple, mais lorsqu'on y associe la couleur et les matières, les possibilités deviennent infinies. J'espère surtout donner envie aux gens d'oser davantage la couleur dans leur quotidien. Elle possède un vrai pouvoir émotionnel.

Vous évoquez la couleur comme un moyen d’apporter de la joie et de la gaieté. Est-ce une volonté de créer des objets capables de changer notre regard sur le quotidien ?

C’est amusant, je n’avais pas anticipé cette question, mais finalement elle rejoint beaucoup ce que je cherche à faire. Le pouvoir de la couleur est incroyable. Je suis convaincu qu’elle peut apporter de la joie et du plaisir au quotidien, autant pour celui qui la regarde que pour celui qui la travaille.

Je le ressens particulièrement lorsque je travaille à l’échelle d’une scénographie. Quand les visiteurs sont plongés dans un univers coloré, on sent immédiatement quelque chose changer dans leur manière d’appréhender l’espace.

Après, changer le regard sur le quotidien est une ambition peut-être un peu trop grande. Je n’ai pas cette prétention avec mon travail. J’ai plutôt envie d’encourager les gens à utiliser davantage la couleur, à oser en mettre chez eux ou sur eux. Je crois profondément qu’elle peut transmettre des émotions positives.

Crédit photo : L'éléphant de Caparol - tableau en relief © Les têtes dures

La couleur donne aussi une vraie personnalité aux personnages que je crée. Elle leur donne vie et permet de ramener un peu de poésie et de singularité dans nos intérieurs. Si mes pièces peuvent déjà contribuer à cela, je trouve que c’est une mission importante.

Vos influences vont du Bauhaus au design italien des années 1980. Comment trouvez-vous votre
propre équilibre ?

L'équilibre est probablement le mot qui résume le mieux mon travail. Je puise dans différentes périodes du design ou de l'architecture sans chercher à les reproduire. Le Bauhaus, l'Art déco, Memphis… toutes ces influences dialoguent entre elles. Je préfère créer un langage personnel plutôt que suivre les tendances. Chaque projet est une nouvelle recherche d'équilibre entre la forme, la matière et la couleur.

Que souhaitez-vous transmettre à travers vos créations ?

Avant tout une émotion. Mes pièces proposent une première lecture très graphique, puis chacun y projette sa propre histoire. Certaines deviennent des cadeaux de naissance, des hommages ou accompagnent des moments importants de la vie. C'est certainement ce qui me touche le plus : voir que les personnes donnent parfois à mes créations une valeur émotionnelle encore plus forte que celle que j'y avais mise.

Votre démarche se situe à la croisée de l’art, de la sculpture et de l’objet design. Comment imaginez-vous la place de vos créations dans les intérieurs et dans la vie quotidienne des gens ?

Mes pièces sont vraiment pensées pour vivre dans les espaces du quotidien. Ce sont des objets d’art, oui, mais aussi des objets de design et de décoration, et pour moi ce n’est pas un gros mot.

Ma volonté est d’amener ces créations, quelle que soit leur forme, du magnet à la sculpture en passant par le tableau, dans les intérieurs des gens, et demain peut-être jusque dans l’espace public.

Je serais très heureux qu’un jour on soit aussi fier de posséder une chaise Moustache qu’une sculpture LES TÊTES DURES. J’aime imaginer que mes pièces peuvent provoquer des réactions, susciter des échanges avec les visiteurs, ouvrir une discussion ou simplement apporter une émotion dans un lieu.

Comment imaginez-vous la suite des Têtes Dures ?

J'ai envie de voir plus grand. Je développe actuellement des scénographies et cette expérience me donne envie d'investir l'espace public avec des sculptures monumentales. Ce serait un nouveau terrain de jeu qui m'obligerait à travailler d'autres matériaux et à collaborer avec de nouveaux artisans. Je souhaite aussi développer des objets du quotidien, pourquoi pas du mobilier ou du luminaire, tout en conservant cette identité reconnaissable entre toutes.

Quel souvenir aimeriez-vous laisser aux personnes qui découvrent votre univers ?

J'aimerais qu'elles retiennent des personnages attachants, bienveillants et colorés. Mon travail est une invitation à jouer avec les formes et les couleurs, comme lorsque l'on était enfant. Au fond, j'ai parfois l'impression de passer mes journées à faire des Lego… et je mesure la chance que j'ai de pouvoir vivre de cette passion.

Propos recueillis par Carole Cailloux

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