Publié le 3 octobre 2022
L'interview - Dabeull : « Je ne me suis jamais dit que j’en ferai mon métier »
Crédit photo : © Etienne Maghakian

L'interview - Dabeull : « Je ne me suis jamais dit que j’en ferai mon métier »

Rencontre avec l’éternel funky man au smile ravageur.
Musique
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Funk, DJ Set, Interview, Actualité

Perfecto en cuir marron, lunette vintage, col roulé noir, casquette bleue jean et moustache impeccablement affûtée. Dabeull, David Saïd de son vrai nom, enflamme la scène du High Five Music Festival, ce vendredi soir. Last night a DJ saved my life, Maniac, Just the Two of Us, du Michael Jackson… La foule scande les paroles de ces classiques, qu’elle connaît par cœur. Une vintage party menée d'une main de maître par l’artiste parisien. Il se fera ensuite rappeler sur scène, avec les « une autre, une autre » d’un public chargé à bloc. Juste le temps de lancer quelques tubes de sa conception dont You & I, son plus gros succès. Une dizaine de minutes plus tard, Dabeull arrive dans les coulisses en esquissant quelques pas de danse. Rencontre avec l’éternel funky man au smile ravageur.

Je vendais des baskets, j’étais coursier, je livrais des pizzas… Et maintenant je suis là !

Comment as-tu commencé à jouer ?

Solo, dans ma chambre, chez ma mère. Je faisais des mixtapes que mes potes écoutaient dans leurs cassettes. Souvent, c’était des instrus pour le rap, le seul moyen pour que ma musique s’exporte un peu. En 2006-2007, au tout début de My Space, on a mis en ligne quelques sons électro pour s’amuser, avec un ami du lycée. C’était un monde que je ne connaissais pas du tout… Sauf qu’un matin, on a été contacté par un label allemand, puis anglais. Ensuite, Record Makers (le label de Sébastien Tellier, Kavinsky etc.) nous a contactés. Et là, on a commencé à faire le tour du monde. C’était dingue, je faisais juste de la musique chez ma mère, en mode cool… Je ne me suis jamais dit que j’en ferai mon métier. Ma mère m’a toujours dit : « Attention, la musique ce n'est pas un métier, c’est un hobby. Donc, va travailler à côté ! ». Alors j’ai travaillé, je vendais des baskets, j’étais coursier, je livrais des pizzas… Et maintenant, je suis là !

Ton style de musique ?

J’essaye de faire de la funk comme le faisaient les anciens. Mon travail, c’est de faire perdurer cette musique : j’utilise les synthés (synthétiseurs) et les boîtes à rythmes de l’époque. Le seul truc que j’ai de récent, c’est un ordinateur qui me sert de multipistes. J’ai envie de faire découvrir aux gens des morceaux à travers mon DJ set.

Crédit photo : © Etienne Maghakian

Justement, ta chanson fétiche en DJ set ?

« Careless Whisper » de George Michael… (rire). Même si c’est pas très funk, je dirai que c’est plutôt slow, pop. Mais c’est vraiment un morceau que je kiffe. Le reste, ce sont des morceaux que je ne peux pas passer, ils sont inconnus aux bataillons ! Ça me frustre, mais dans un premier temps, l’objectif c’est de faire apprécier la funk. Après, quand je reviens plusieurs fois dans les mêmes villes, je peux aller un peu plus loin dans le DJ set, proposer de nouveaux sons.

Dans ton titre « Love you so much », en feat avec Darius, il y a un petit air de Daft Punk…

C’est le côté talkbox peut-être ? Ils l’ont pas mal utilisé. En fait, tu joues du synthé et le son rentre dans une pédale. Dedans, il y a une enceinte. Et là, un tuyau sort de l’enceinte pour rentrer dans ta bouche : elle fait caisse de résonance. C’est comme une autre corde vocale. C’est la technique que le duo a utilisée pour Around the World. Depuis, le TalkBox est très connoté DaftPunk. Après, il faut savoir que les groupes de funk l’utilisait pas mal, fin des années 70, début 80. Stevie Wonder aussi, comme dans son live de 72.

La technique a été inventée dans les années 50-60. Tu vois même des gars de la country jouer de la talkbox ! Ça a été créé pour les guitaristes, quand tu les vois avec, c’est assez impressionnant.

Ton titre You & I est devenu disque d’or cette année…

C’est une reconnaissance vis-à-vis de l’industrie musicale. J’ai toujours fait de la musique pour le plaisir, chez moi. Quand on m’a annoncé ça, je ne m'y attendais pas ! De la funk… En 2022… Disque d’or ? Je suis hyper content. Moi qui ne pensais pas pouvoir en faire mon métier, ça me pousse à continuer, à faire perdurer cette musique.

Je faisais juste de la musique chez ma mère, en mode cool… Je ne me suis jamais dit que j’en ferai mon métier.

Tu es aussi producteur (Disiz, Cerrone…), comment se déroulent ces projets ?

En général, les gens me contactent quand ils sont intéressés pour faire de la funk. Après, j’étudie toute candidature… (rire). J’essaye de faire attention, à préserver l’esprit funk, voir ce que ça peut apporter. S’il y a un artiste que j’aime bien, je papote avec lui. Je lui produis une instrumentale et on en discute. Mais en général, j’essaye de venir en studio. C’est plus facile pour échanger, et puis, il y a une énergie, une émulsion. Le but est de trouver ce qui nous convient le mieux à tous les deux.

Hip-Hop, rap, funk… Quel style de musique préfères-tu produire ?

Aujourd’hui, c’est la musique urbaine qui marche, donc il n’y a que des artistes hip-hop qui me contactent. Je préférerais faire de la pop, de la chanson française… Avec Juliette Armanet par exemple. J’aime le chant, la musicalité. Si je produisais des sons eighties, je ferais du Michel Berger (rire). Quand j’ai fait l’album en collaboration avec Sofiane Pamart, ce que j’aimais, c’était ce côté français 70’s, 80’s.

Qu’apprécies-tu tant dans le travail à deux ?

Ta collaboration rêvée ?

J’essaye d’être réaliste, d’être terre-à-terre. Mais bon, une collab' rêvée : Michael Jackson… C’est un peu complexe (rire).

Stevie Wonder... Mais il vieillit, sa voix aussi. Charlie Winston. Il a une superbe voix, très gospel. En fait, il y a plein de chanteurs avec qui j’aimerais collaborer. Mais chaque chose en son temps !

Tu étais à Montréal pour l’Équinoxe Festival il y a deux semaines, à Los Angeles il y a 4 jours… Qu’est-ce qui te séduit dans la musique américaine ?

Je ne dirais pas qu’ils ont créé la musique funk, mais ils y ont contribué très fortement, à 2 tiers. Ce que j’aime bien, c’est leur façon de produire : ils sont très carrés. Ils font des symphonies, ils emmènent les morceaux très loin. C’est assez pointu.

C’est quoi le prochain projet ?

J’essaye de travailler sur un album depuis 20 ans là (rire). Chaque année, je me dis, « c’est pour l’année prochaine »… Sinon, j’ai pleins de projets en tête : là, je travaille sur un live. J’aurai une date à l’Ancienne Belgique (AB), à La Cigale (Paris) et au Transbordeur (Lyon) en février. Je serai avec un band pour faire tous mes morceaux. Ça va être quelque chose.

Propos recueillis par Mia Pérou

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