Publié le 17 avril 2026
On est parti à la rencontre d'Alexandre Carré, stratège urbain et passeur de couleurs, à l'occasion du mois du Street Art
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On est parti à la rencontre d'Alexandre Carré, stratège urbain et passeur de couleurs, à l'occasion du mois du Street Art

Rencontre à l'occasion du mois du Street Art à Bourgoin-Jailleu
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Street Art

À Bourgoin-Jallieu, les murs changent de statut. D’un support anonyme, ils deviennent surface d’expression, vecteur d’image et marqueur d’identité. À l’occasion du Mois du street art, la ville affirme plus que jamais cette mue culturelle, portée par un temps fort : le Peinture fraîche festival. À la croisée des politiques publiques et de la création contemporaine, Alexandre Carré , directeur de la communication de la Ville, pilote cette stratégie d’attractivité où l’art urbain devient langage à part entière. Artiste lui-même, il incarne une vision singulière : celle d’un territoire qui se raconte en grand format. Rencontre.

Crédit photo : @ fresque de l'artiste toulousaine Vinie (2022)

Bourgoin-Jallieu consacre tout un mois au street art. Quelle est l’ambition derrière cette programmation ?

Alexandre Carré : L’idée est d’aller bien au-delà de l’événementiel. Le Peinture fraîche festival, du 8 au 10 mai, agit comme un temps fort, mais il s’inscrit dans une dynamique plus large. Dès le 3 mai, des fresques éphémères prennent vie, notamment sur la route d'Italie, en face du square Jean-Vilar et rue des Moulins. En parallèle, le musée propose l’exposition « Du tag au street art ». On construit une immersion progressive : la ville devient un terrain d’expériences artistiques. Cette démarche a été lancée par le Maire de Bourgoin-Jallieu en 2020. À l’époque, il s’agissait d’élargir la palette culturelle de Bourgoin-Jallieu. On a commencé en périphérie, puis progressivement investi le centre-ville, avec des fresques, des performances live, des temps d’animation. L’an dernier, accueillir une édition du Peinture Fraîche Festival a marqué un tournant : près de 9 000 visiteurs en un week-end, avec des artistes internationaux comme Louis Masai, Artez, Millo ou Vinie C’était une première édition très forte, avec aussi un marché artistique, du BMX, du skate, du tatouage… toute l’énergie des Magasins Généraux réunie.

Ce récit s’inscrit dans une stratégie plus large d’attractivité territoriale…

Complètement. Le street art est un formidable levier. Il embellit, mais surtout il crée du lien et de la fierté locale. Une fresque a plusieurs vies : elle naît dans le débat, parfois même dans la concertation, elle vit pendant sa réalisation avec les habitants, puis elle circule via les images, les réseaux, les souvenirs. Aujourd’hui, des visiteurs s’arrêtent à Bourgoin-Jallieu sur la route des vacances, parfois même venus des Pays-Bas ou d’autres régions. On a vu émerger une forme de « fan culture » autour des parcours. Certaines fresques deviennent de véritables destinations en soi.

Quels artistes seront à l’affiche cette année ?

La programmation est en cours de finalisation, mais on peut déjà annoncer des profils très forts. Le Français Mantra, connu pour ses gigantesques papillons, fresques naturalistes inspirées de la faune et de la flore, interviendra en juin dans le quartier de Champaret. Le duo britannique SNIK réalisera également une œuvre monumentale, avec leur esthétique très fine, presque photographique. On accueillera aussi Clara Wall, dont les compositions géométriques et végétales apportent une grande intensité chromatique, ainsi que Matthieu Pommier, qui interviendra sur une maison de particulier, preuve que le street art peut aussi investir des espaces plus intimes. Au total, 19 fresques composent déjà le parcours, auxquelles s’ajouteront 5 nouvelles créations cette année. Et cet été, un projet participatif avec un graffeur local verra le jour rue Buffon, avec des jeunes du territoire.

Crédit photo : @ fresque de l'artiste italien Millo (2024)

Bourgoin-Jallieu figure désormais sur la plateforme Street Art Cities. Une reconnaissance importante ?

C’est une étape clé. Street Art Cities est une vitrine mondiale. Y apparaître, c’est entrer dans une cartographie internationale du street art. Une fresque de Nerone a même été classée dans le top 10 de la plateforme. Cela valide le travail engagé et renforce l’attractivité de la ville.

Vous travaillez avec des artistes reconnus sur la scène internationale…

Oui, c’est essentiel pour créer des ponts entre les territoires. Des artistes comme Millo ou C215 apportent une visibilité immédiate. Mais nous tenons aussi à valoriser les artistes locaux. Certains ont réalisé plusieurs fresques ici, en lien avec l’histoire ou les figures du territoire. Cet équilibre est fondamental.

La ville devient un terrain d'expériences artistiques

Vous êtes à la fois communicant et artiste. Comment ces deux dimensions cohabitent-elles ?

Oui ! Les 2 se nourrissent mutuellement. La communication structure, donne un cadre. L’art, lui, ouvre des brèches. J’aime parler de « transgression autorisée » : investir l’espace public avec audace, mais avec du sens. Je travaille à temps plein pour la ville en tant que directeur de la communication, mais je continue à peindre et à graffer dès que possible. C’est une nécessité personnelle autant qu’un prolongement de mon engagement professionnel !

Justement, cette notion de risque semble centrale dans votre parcours…

Créer, c’est accepter de ne pas tout maîtriser. Les distinctions, comme le Grand Prix Cap’Com, viennent valider une démarche, mais elles ne doivent jamais figer la créativité. Il faut rester en mouvement, continuer à expérimenter.

Vous défendez aussi une vision presque « thérapeutique » de l’art…

Oui, profondément. L’art est un espace de respiration. Dans un quotidien souvent intense, il permet de ralentir, de se reconnecter. Embellir une ville, ce n’est pas seulement une question esthétique : c’est aussi agir sur le bien-être des habitants. À titre personnel, peindre me permet de relâcher la pression. C’est une forme d’équilibre !

Bourgoin-Jallieu peut-elle devenir une destination street art incontournable ?

C’est clairement l’objectif. Nous sommes idéalement situés, entre Lyon et Grenoble. L’idée est d’inciter les visiteurs à s’arrêter, à découvrir un parcours riche et évolutif. Nous travaillons aussi avec les bailleurs sociaux pour intégrer le street art dans les projets de rénovation énergétique. Les supports sont là, les artistes aussi. À nous de continuer à surprendre et à élever le niveau d’exigence !

À Bourgoin-Jallieu, les murs ne se contentent plus de délimiter l’espace : ils racontent, interpellent, fédèrent. Sous l’impulsion d’Alexandre Carré, la ville compose peu à peu un manifeste visuel, où chaque fresque devient un point de rencontre entre art, territoire et regard.

Propos recueillis par Carole Cailloux

• Peinture fraîche festival : du 8 au 10 mai
• Fresques éphémères : du 3 au 25 mai (rue Saint-Honoré, avenue d'Italie et rue des Moulins)
• Exposition « Du tag au street art » : du 5 au 31 mai au musée de Bourgoin-Jallieu

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