À Lausanne, le Musée Olympique présente Longueurs d’avance, jusqu’en novembre 2026. Sous la direction d’Alain Quenzer, l’exposition explore les innovations et évolutions des JO à travers installations immersives et interactives. Rencontre.
Qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer Longueurs d’avance ?
L’idée est née il y a plus de deux ans, alors que nous réfléchissions à la manière d’aborder l’e-sport et sa relation avec le Comité International Olympique. Il n’était pas question de présenter l’e-sport comme une rupture ou une provocation, mais de montrer qu’il s’inscrit dans une évolution continue du Mouvement olympique.
Les Jeux existent depuis plus de 120 ans et n’ont jamais cessé de se transformer : disciplines, infrastructures, règles, technologies… Ils bougent avec nos sociétés. Nous voulions rendre perceptible cette dynamique, montrer que le CIO n’est pas une institution figée, mais un organisme qui s’adapte, interroge, expérimente.
L’exposition permet à chaque visiteur de voyager dans le temps et de comprendre cette progression, comme une boucle permanente entre passé, présent et futur.
Comment avez-vous choisi l’angle des innovations technologiques pour raconter cette histoire ?
Nous avons identifié quatre grands domaines qui ont radicalement évolué : l’ajout et le retrait de sports au programme, les modes de diffusion, l’arbitrage et le chronométrage, et enfin l’e-sport. Tous sont liés à la technologie, mais aussi aux usages sociaux. Par exemple, le passage de la presse écrite à la radio puis à la télévision change profondément la manière de vivre ensemble les Jeux. L’arrivée du chronométrage électronique a bouleversé l’arbitrage. La multiplication des disciplines reflète l’évolution des pratiques sportives. Et aujourd’hui, l’e-sport traduit le fait que la jeunesse se rencontre aussi en ligne. Il ne s’agit donc pas seulement de technique : c’est une histoire de culture.
L’exposition se structure autour de quatre « capsules temporelles ». Pourquoi ce choix scénographique ?
Nous voulions éviter une exposition linéaire ou encyclopédique. Les capsules permettent de plonger dans une époque de manière immédiate, presque sensorielle. Par exemple, la première capsule reconstitue un salon familial des années 1950. C’est un espace qui parle à tout le monde : on s’assoit, on regarde les Jeux à la télévision en noir et blanc, on feuillette des journaux. Les visiteurs les plus jeunes découvrent comment on suivait le sport avant Internet, tandis que les plus âgés retrouvent des sensations familières. Cela crée un dialogue générationnel spontané. Et c’est pareil pour les trois autres capsules !
L’e-sport occupe une place importante dans l’exposition. Comment l’intégrez-vous ?
Nous ne posons jamais la question en termes de légitimité. Nous l’abordons comme un fait culturel. Les compétitions d’e-sport demandent concentration, tactique, entraînement et coordination, tout comme les sports traditionnels. Pour que les visiteurs puissent s’en rendre compte, nous proposons des simulateurs comme NBA 2K, ou encore Just Dance, où il est possible de jouer par équipe, en famille ou entre amis. Certaines personnes réalisent en quelques minutes qu’atteindre un niveau compétitif exige une vraie discipline ! Et c’est une prise de conscience intéressante.
Les expériences interactives sont nombreuses. Est-ce un choix pédagogique ou ludique ?
Les deux. Nous voulons que les visiteurs comprennent que l’innovation sportive se vit avant de s’expliquer. On peut jouer à Just Dance à dix, feuilleter un album photo, ou manipuler différents objets Les visiteurs apprennent en faisant, pas seulement en lisant des panneaux. Nous avons souhaité que cette exposition soit une expérience, un souvenir avec plusieurs manières de la découvrir.
L’exposition permet à chaque visiteur de voyager dans le temps
Comment l’innovation technologique a-t-elle façonné l’histoire des Jeux Olympiques ?
Elle a façonné la notion même d’équité. L’arbitrage impartial est devenu un impératif très tôt. Dès 1896, l’écart d’un dixième de seconde au 100 mètres interroge déjà la fiabilité du chronométrage. Depuis, chaque progrès technologique garantit que le meilleur athlète soit reconnu comme tel. La technologie n’est pas seulement un outil : elle est garante d’une sorte de justice sportive.
L’exposition s’adresse à un public large. Comment avez-vous pensé l’expérience pour les familles ?
L’objectif est que tout le monde trouve sa porte d’entrée. Les enfants entrent par le jeu, les grands-parents par la mémoire, les adolescents par la culture numérique, les amateurs de sport par la performance. Nous voulons encourager les discussions intergénérationnelles. C’est peut-être l’un des plus beaux effets de l’exposition. Rendre le dialogue aux générations, par le sport.
Qu’aimeriez-vous que les visiteurs retiennent en sortant ?
Que les Jeux Olympiques ne sont pas immuables. Qu’ils se réinventent constamment. L’essentiel est de comprendre que le sport n’est jamais déconnecté de son époque. Si Longueurs d’avance peut inspirer une nouvelle génération à s’engager dans le sport, ou simplement à regarder le monde avec curiosité, alors nous aurons réussi.
Propos recueillis par Carole Cailloux


