La série Canal+, dévoilée en avant-première à la Mostra de Venise, transpose Un Prophète dans le Marseille d’aujourd’hui. En huit épisodes de 52 minutes, elle mêle tension sociale et quête intérieure, prolongeant l’écho du film culte de Jacques Audiard, Grand Prix du Jury à Cannes en 2009.
Un récit ancré dans le Marseille d’aujourd’hui
L’intrigue s’ouvre sur l’effondrement d’un immeuble à Marseille. Des décombres, un seul survivant : Malik, jeune Comorien, arrêté pour possession de drogue. Jeté dans le chaos d’une prison où la guerre des clans fait rage, il est pris sous la coupe de Massoud, promoteur immobilier aux activités troubles, interprété par Sami Bouajila. En échange de sa protection, Massoud exige loyauté et silence. Mais Malik, incarné par Mamadou Sidibé, comprend vite qu’il devra renverser la hiérarchie pour survivre.
Un pitch qui évoque le film originel, mais que la série transforme en une allégorie contemporaine : celle d’un jeune homme pris entre foi, survie et ascension sociale dans une société fragmentée.
Une continuité assumée, une nouvelle identité
Aux côtés du réalisateur italien Enrico Maria Artale, on retrouve Abdel Raouf Dafri et Nicolas Peufaillit, scénaristes du film d’origine. Ensemble, ils ont choisi de faire de cette adaptation un miroir de la France d’aujourd’hui. « Notre version reflète les changements de la société française depuis 2004, explique le producteur Marco Cherqui. La communauté franco-arabe n’a plus le même rapport à la religion, à l’autorité, ni à la réussite. Il fallait que Malik porte ce nouveau visage. »
Ce visage, c’est celui de Mamadou Sidibé, révélation du projet, qui succède à Tahar Rahim. Face à lui, Sami Bouajila campe un mentor inquiétant, entre figure paternelle et tentation démoniaque. Le tournage, mené à Marseille et dans les Pouilles, mêle réalisme brut et esthétisme épuré — une marque de fabrique d’Artale, déjà remarqué pour Django.
De la prison au mythe
Dans un entretien à la Mostra, Enrico Maria Artale confie avoir voulu s’éloigner du simple thriller carcéral : « Ce qui m’intéressait, c’était de faire émerger la part mystique, presque spirituelle, de ce récit. Malik n’est pas qu’un délinquant : c’est un jeune homme en quête de sens, pris entre le bien et le mal, la survie et la transcendance. »
Pour nourrir leurs personnages, les acteurs ont travaillé dans une forme d’isolement, sans répétitions collectives. « Comme dans une vraie prison, nous avons appris à nous apprivoiser par l’observation », raconte Mamadou Sidibé. Une méthode immersive qui donne à leurs échanges une tension presque animale.
Héritage et renouveau
En 2009, le film Un Prophète avait révélé Tahar Rahim et redéfini le cinéma carcéral européen. En 2025, la série semble prête à en prolonger la portée politique et humaine, en y insufflant une dimension introspective.
Entre réalisme social et questionnement existentiel, Un Prophète version Canal+ s’annonce comme une fresque sur le pouvoir, la foi et la résilience, servie par une mise en scène à la fois âpre et poétique.
Un retour attendu, autant qu’un pari risqué : celui de revisiter un mythe sans le trahir.

