Publié le 30 mai 2026
Trois soirs par semaine, roman de Pauline Verduzier
Crédit photo : © Justine Camacho
Littérature

Trois soirs par semaine, roman de Pauline Verduzier

Enquête sur la fréquence de nos rapports sexuels, entre mythes et injonctions
Littérature
|
Roman

Avec Trois soirs par semaine, Pauline Verduzier, journaliste spécialisée dans les questions de genre et de sexualité, signe un essai qui interroge nos évidences les plus intimes. Derrière un titre volontairement provocateur, l’autrice pose une question rarement formulée avec autant de netteté : quelle est la place de la sexualité dans le couple d’aujourd’hui ?

Crédit photo : © Grasset

Dès les premières pages, le ton s’impose. À partir de son expérience, de témoignages et d’entretiens menés avec des chercheuses comme Isabelle Clair, Verduzier déconstruit l’idée d’un sexe considéré comme le socle naturel du couple. Elle montre comment cette croyance s’est construite au fil des années, entre héritage religieux, normes sociales et modèle hétéronormé, où la pénétration demeure encore la référence implicite de la « vraie » sexualité.

L’un des apports les plus stimulants du livre réside dans son analyse du langage. En français, l’expression « faire l’amour » mêle intimement sexualité et sentiment, là où d’autres langues, comme l’anglais, distinguent davantage les deux dimensions. Un détail en apparence anodin, mais qui participe à faire du sexe une évidence affective, presque une obligation relationnelle.

L’auteur revient évidemment sur la notion de « devoir conjugal », longtemps inscrite dans les représentations du mariage, et sur ses prolongements contemporains. Même devenues moins visibles, ces injonctions continuent de structurer les comportements : fréquence supposée normale, peur de frustrer l’autre, culpabilité du refus. La sexualité devient l’indicateur implicite de la « bonne santé » du couple.

L’essai prend une dimension particulièrement concrète lorsqu’il explore la manière dont ces normes s’infiltrent dans le quotidien, dès l’adolescence. Pauline Verduzier replonge dans les magazines féminins des années 1990 et 2000, leurs conseils pour « savoir dire oui », préserver le désir masculin ou éviter la rupture.

Une culture populaire où la sexualité féminine reste pensée à travers le regard des hommes.

L’auteur établit un parallèle direct avec les discours contemporains diffusés sur les réseaux sociaux, où sexologues, influenceurs et coachs relationnels prescrivent encore des fréquences idéales ou des routines censées « sauver » le couple. À travers plusieurs exemples de contenus viraux autour du fameux « minimum une fois par semaine », Verduzier montre comment le sexe devient une métrique implicite de réussite amoureuse. Une logique comptable qui nourrit anxiété, culpabilité et rapports consentis davantage par devoir que par désir.

Mais Trois soirs par semaine ne se limite pas à un constat critique. Le livre observe aussi des évolutions, notamment chez les jeunes générations, qui revendiquent davantage de dialogue, de consentement explicite et de liberté dans leurs rythmes intimes. Certaines formes de couple s’éloignent du modèle traditionnel, en acceptant que la sexualité puisse être fluctuante, discutée, voire non centrale… C’est sans doute là que l’ouvrage touche le plus juste : lorsqu’il révèle combien une pression invisible façonne les corps, les comportements et jusqu’à notre définition d’un couple « normal ». Sans jamais imposer de réponse, Pauline Verduzier ouvre un espace de réflexion salutaire, où le doute devient aussi une forme de lucidité…

Juliette Cellier

"Trois soirs par semaine" de Pauline Verduzier, aux éditions Grasset, 20,90 €

Vous voulez des cookies ?

Ce site utilise des cookies pour garantir la meilleure expérience de navigation.

En poursuivant votre navigation, vous acceptez le dépôt de cookies tiers destinés à vous proposer des vidéos, des boutons de partage, des remontées de contenus de plateformes sociales

Paramétrage de mes cookies

Au-delà des cookies de fonctionnement qui permettent de garantir les fonctionnalités importantes du site, vous pouvez activer ou désactiver la catégorie de cookies suivante. Ces réglages ne seront valables que sur le navigateur que vous utilisez actuellement.
1. Statistiques
Ces cookies permettent d'établir des statistiques de fréquentation de notre site. Les désactiver nous empêche de suivre et d'améliorer la qualité de nos services.
2. Personnalisation
Ces cookies permettent d'analyser votre navigation sur le site pour personnaliser nos offres et services sur notre site ou via des messages que nous vous envoyons.