Programmer, c’est choisir. Et parfois, choisir très large. Pour cette nouvelle saison du Théâtre Jean-Vilar de Bourgoin-Jallieu, Victor Bosch et Raphaëlle Rimsky-Korsakoff ont imaginé près de quarante rendez-vous, des grands classiques aux créations contemporaines, de la danse à l’humour. Les grands noms côtoient les découvertes. Rencontre avec Victor Bosch, responsable de la programmation.
Quelle envie a guidé vos choix de programmation cette année ?
L’idée, c’est toujours de fédérer pour toucher tous les publics. Aujourd’hui, on passe énormément de temps devant des écrans. Venir au théâtre, c’est sortir des écrans, prendre une place de théâtre, se déplacer, vivre quelque chose ensemble. Ça, c’est un vrai challenge. Je cherche à faire en sorte que cette envie de venir au théâtre ne soit pas réservée à une seule personne ni à un seul type de public. Il faut essayer de proposer une programmation qui puisse parler à tout le monde.
Pourquoi revenir aux grands classiques aujourd’hui ?
Il y a pas mal de très beaux grands classiques cette saison, avec notamment L’École des femmes de Molière mis en scène par Robin Renucci ou encore Le Mariage de Figaro avec Philippe Torreton. Et puis, à côté de ça, il y a des propositions beaucoup plus contemporaines. Ce qui m’intéresse, c’est justement cet équilibre. On peut passer d’un grand classique à une création contemporaine, d’un spectacle politique à quelque chose de beaucoup plus drôle. Les grands textes continuent de nous parler parce qu’ils racontent aussi notre époque. Le Mariage de Figaro, par exemple, aborde le pouvoir, la domination, la justice, les rapports entre les hommes et les femmes… Ces questions sont toujours là. J’aime ce mélange. On peut aller avoir un spectacle engagé comme Le Chant des Lions, puis une autre fois, un spectacle de Jérôme Commandeur. Mais il faut que chaque spectacle ait du sens et qu’il y ait quelque chose à défendre. Et d’ailleurs, je ne programme jamais quelque chose qui ne me plaît pas. Il faut que j’aie moi-même envie de le défendre.
Comment trouvez-vous l’équilibre entre têtes d’affiche et découvertes ?
C’est une question d’équilibre. Les artistes connus permettent aussi d’attirer des personnes qui ne viennent pas forcément au théâtre. Et ensuite, l’idée est de leur faire découvrir d’autres choses. C’est ce que j’aime dans une saison : créer des grands écarts. On peut avoir The Loop, une comédie, puis 4211 kilomètres, ou Le Procès d’une vie. On peut passer d’un grand classique à une proposition contemporaine, d’un spectacle très populaire à une forme beaucoup plus singulière. J’assume complètement ces grands écarts. Pour moi, c’est ça, une programmation.
On ne vient pas tous au théâtre pour les mêmes raisons.
Cette diversité permet-elle d’attirer des publics différents ?
Oui, complètement. On ne vient pas tous au théâtre pour les mêmes raisons. Certains vont venir pour rire, d’autres pour découvrir un texte, un artiste, de la danse ou du cirque. Et puis il y a aussi des spectacles qui peuvent permettre de franchir pour la première fois la porte du théâtre. Quelqu’un qui vient voir une comédie peut ensuite avoir envie de découvrir autre chose. Pour moi, le rôle d’un théâtre, c’est aussi de proposer cette diversité-là.
Quelle place donnez-vous aux spectacles qui permettent de regarder notre société autrement ?
C’est une place importante. J’aime notamment les spectacles qui permettent de regarder les choses autrement, par exemple à travers le regard des femmes. Il y a La Misérable, avec Julie Depardieu, qui raconte l’histoire de Juliette Drouet, sa relation avec Victor Hugo et la question de l’emprise. Il y a aussi de jeunes compagnies que je trouve intéressantes et fortes à défendre. C’est important de leur donner une place. Et puis, personnellement, la musique occupe aussi une place importante dans ma vie alors forcément, ça se ressent dans ma programmation. J’aime pouvoir travailler sur les deux côtés : le théâtre, bien sûr, mais aussi la musique et toutes les formes du spectacle vivant.
Les grands textes continuent de nous parler parce qu’ils racontent aussi notre époque.
Et côté musique, qu’avez-vous imaginé justement pour cette saison ?
Alors, on retrouvera Michel Jonasz et Jean-Yves D’Angelo pour leur fameux Piano-Voix, un rendez-vous vraiment très intime, de par la complicité qui unit ces deux artistes depuis des années. Il y aura également Julien Clerc, qu’on ne présente plus, monstre de la chanson française. C’est toujours un plaisir de faire entendre au public un tel artiste !
Cette liberté artistique est-elle liée à la confiance de la Ville de Bourgoin-Jallieu ?
Oui, complètement. C’est assez rare pour être souligné. La Ville, le maire et son équipe nous accordent une carte blanche et une vraie confiance pour faire notre travail. On peut proposer, prendre des risques, défendre des artistes ou des projets qui ne sont pas toujours les plus évidents, sans avoir à se justifier en permanence. Cette liberté-là, elle compte énormément pour nous, et c’est aussi ce qui fait la singularité du Théâtre Jean-Vilar !
Propos recueillis par Carole Cailloux

