Avec Svatbata, Marcos Morau continue de creuser ce qui traverse toute son œuvre : les rituels, ces gestes anciens qui rassemblent les corps et fabriquent du commun. Après Sonoma, Totentanz ou Folkå, le chorégraphe espagnol crée cette fois pour le Ballet du Grand Théâtre de Genève. Une collaboration qui fait sens, tant la compagnie excelle dans le travail du groupe, la précision du mouvement et l’énergie collective.
Svatbata signifie « mariage » en bulgare. Ici, il ne s’agit pas d’un mariage au sens strict, mais d’un moment de bascule, d’un passage. Les corps se rencontrent, se répondent, s’opposent parfois. Vie et mort, élan et retenue, amour et violence cohabitent dans une danse tendue, physique, traversée par une force presque primitive.
Sur scène, le rituel n’a rien de folklorique ou figé. Il bat, il frappe, il insiste. Les interprètes se rassemblent sous un ciel nocturne imaginaire, hors du temps. Les pas se répètent, les gestes reviennent, comme s’ils venaient de loin. Les tambours marquent le sol, les corps suivent une pulsation commune. Quelque chose se transmet, sans mots, par le mouvement seul.
La Bulgarie affleure en filigrane, non comme décor mais comme source. Un territoire à la croisée des cultures, riche de chants, de rythmes et de symboles liés aux grands moments de l’existence. Chez Morau, le rituel devient un espace de transformation : on y célèbre autant ce qui commence que ce qui s’achève. Mariage ou funérailles, les fleurs sont toujours là — rappel simple et puissant de notre lien à la terre.
Avec Svatbata, Marcos Morau et le Ballet du Grand Théâtre de Genève proposent une expérience dense mais directe, sensorielle avant tout. Une danse qui ne cherche pas à expliquer, mais à faire sentir. Et à rappeler, le temps d’une soirée, ce que le collectif peut encore produire de force, de mystère et de beauté.


