À l'ouverture du festival Le Temps d'Aimer la Danse, le 10 septembre à Biarritz, le chorégraphe Benjamin Millepied dévoilera Summerland, une création inédite imaginée avec la chanteuse November Ultra, révélation féminine des Victoires de la musique 2023. Rencontre.
Comment est né ce projet ?
Benjamin Millepied : Tout est parti de la passion que j'ai pour les chansons et l'univers musical de Nova. En découvrant sa musique, j'ai immédiatement eu envie de créer une pièce qui en serait entièrement inspirée. Elle ne se contente pas de chanter : sa présence réunit les danseurs, elle provoque le mouvement. Sur scène, elle inspire naturellement la danse.
Comment décririez-vous ce spectacle, qui échappe aux formats habituels ?
November Ultra (Nova) : C'est un objet hybride, né de notre rencontre. Benjamin avait d'abord chorégraphié The End, l'une de mes chansons. Puis il m'a proposé de construire un ballet à partir de tout mon répertoire. J'avais pourtant le sentiment d'avoir refermé ce chapitre après plus de deux ans de tournée. En découvrant son travail, j'ai eu l'impression que mes chansons renaissaient. Ensuite, il m'a invitée à monter sur scène avec les danseurs, à faire partie de l'histoire même lorsque je ne chante pas. C'était une expérience totalement nouvelle.
Benjamin Millepied : Cela s'est imposé comme une évidence. Mon souhait est que le spectateur vive une expérience globale où la musique, le mouvement, la lumière et les costumes se répondent. On écoute alors la musique différemment, peut-être plus profondément, tandis que la danse s'en nourrit à son tour. C'est toujours ainsi que je travaille : je cherche une forme de communion. Certaines œuvres donnent immédiatement le sentiment d'être chez soi. En écoutant Nova, j'ai eu l'impression de comprendre intimement ce qu'elle exprimait. Ma sensibilité m'a simplement donné envie d'entrer dans son univers.
Cette collaboration vous a-t-elle ouvert de nouveaux horizons artistiques ?
Nova : Oui, c'est une véritable relecture de ma musique. Une alchimie s'est créée entre les danseurs et ma façon de chanter, qui est devenue plus libre, plus mouvante. Mon rapport au corps est celui d'une musicienne : j'ai l'habitude de me protéger derrière une guitare ou un piano, parfois les yeux fermés. Benjamin m'a invitée à explorer une autre partie de moi-même. J'ai aussi découvert la joie de faire partie d'une troupe. Les danseurs ont une présence physique incroyable. Ils vous regardent dans les yeux, ils sont totalement disponibles. Aujourd'hui, j'ai envie de danser tout le temps !
Certaines chansons ont-elles été composées spécialement pour le spectacle ?
Nova : Summerland est née des images que Benjamin me racontait de cette ville. J'y ai vu une forme de mélancolie heureuse, ce moment particulier où l'on sent que l'été touche à sa fin. C'est la nostalgie du présent, celle d'un bonheur dont on sait déjà qu'il deviendra un souvenir. Cette lumière, ces couchers de soleil… Nous venons de mondes très différents, mais je comprenais exactement ce qu'il voulait transmettre.
Benjamin Millepied : Summerland est une ville de la côte ouest, tournée vers l'océan, comme Biarritz. J'y vois une lumière particulière, une harmonie qui correspond parfaitement à l'univers sensible, joyeux et passionné de Nova. Lorsque je travaille ainsi, les images arrivent très vite. Avec des danseurs qui partagent cette sensibilité, tout se construit avec beaucoup de fluidité.
LE SPECTACLE PARLE D'ANXIÉTÉ, DE DEUIL, D'AMOUR, MAIS IL PORTE SURTOUT UNE PROMESSE D'ESPOIR
Le spectacle raconte aussi la naissance d'une communauté...
Benjamin Millepied : Oui. Les corps se rapprochent progressivement pour former une communauté d'amis qui évolue dans ce monde inspiré par la musique de Nova. Ce sont avant tout des relations humaines qui se construisent.
Nova : C'est vraiment la vision de Benjamin : l'idée que tout devient plus supportable lorsqu'on traverse les choses ensemble. Le spectacle parle d'anxiété, de deuil, d'amour, mais il porte surtout une promesse d'espoir. Pendant toute la création, j'avais hâte de retrouver cette équipe et de partager avec elle toutes ces émotions.
Qu'aimeriez-vous que le public ressente en sortant de la salle ?
Nova : Une œuvre d'art reste toujours impossible à expliquer complètement. Chacun y projette sa propre histoire. J'espère simplement que les spectateurs auront le sentiment d'avoir vécu un moment intense et qu'ils ressentiront la joie que nous avons éprouvée en créant ce spectacle. Chaque répétition m'apportait une énergie incroyable. J'ai maintenant hâte de partager cette aventure avec le public de Biarritz.
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