Projet indie rock de la multi-instrumentiste Marion Brunetto, Requin Chagrin poursuit son épopée marine contre vents et marées. Aujourd’hui entourée de Gaël Etienne, Joseph Deschamps et Axel Le Ray sur scène, Marion Brunetto ne délaisse pas pour autant ce besoin viscéral de création solitaire.
Seule en studio mais collective sur scène, on pourrait dire du cas « Brunetto » qu’il s’agit d’une autrice-compositrice affiliée de temps à autre à un live band dont les musiciens se succèdent au fil des ans. De fait, la chanteuse (terme trop restrictif, mais il faut bien nommer son sujet) est attachée à composer, enregistrer et jouer de presque tous les instruments elle-même. Et comme le requin ne vit pas en meute, la Varoise revendique une autarcie artistique.
Dream pop aux accents new wave des années 1980, influences garage et surf-rock, le groupe se tient éloigné des productions aseptisées. On se souvient encore de ce premier morceau, Adelaïde (2016), qui lui vaudra un sacré coup de projecteur et dont on décelait déjà l’influence d’Indochine, de The Cure ou de La Femme. Au fil des disques, se dessinent des thèmes précis : le monde de l’inconscient, la tension mélancolique et la nostalgie irrésolue, le tout accompagné de mélodies nébuleuses tout droit sorties d’une lointaine supernova. S’ensuivra un deuxième album, Sémaphore (2019), enregistré sur un vieux magnétophone à cassettes pour un grain musical analogique. Son troisième disque, Bye Bye Baby (2021), se fera l’étendard d’une tonalité bedroom et de paroles aux sens multiples.
Son quatrième opus, Décollage, sorti en mars dernier, marque l’aboutissement d’une artiste seule aux commandes : des refrains simples mais percutants, des guitares réverbérées aux côtés de synthés et de boîtes à rythmes qu’on lui connaissait déjà. De sa voix grave, toujours plus assurée de disque en disque, Requin Chagrin nous emmène dans les abysses de son cœur, là où le naufrage est sentimental. Entre le jaune du soleil et le bleu chagrin de la mer, le spleen et l’espoir se marient aussi bien qu’ils s’entrechoquent. Un renouveau s’opère même sur le titre Lucky Star, avec un couplet en anglais chanté par Sade Sanchez. Ainsi, le groupe relève le défi de n’appartenir à aucun style précis, mais à une mosaïque d’influences. Une musique sans concession, fruit d’une liberté artistique aussi radicale que personnelle.
Plus lumineux que ses prédécesseurs, Décollage témoigne d’une évolution musicale plus large qu’escompté, sans pour autant trahir sa palette sonore originelle. Une esthétique un peu moins do it yourself, mais tout aussi authentique, pour un projet de haut vol qui assume pleinement ses ambitions pop.
En concert le jeudi 10 décembre 2026 à L’Épicerie Moderne, Métropole de Lyon.
Texte de Candice Tupin

