Depuis dix ans à la tête de JazzContreBand, Agathe Denis accompagne le développement de ce réseau transfrontalier unique entre la France et la Suisse. À l'occasion des 30 ans du festival, elle revient sur l'esprit de cette aventure collective, où le jazz devient un formidable trait d'union entre les artistes, les territoires et les publics. Rencontre.
JazzContreBand fête cette année ses 30 ans. Que représente cet anniversaire pour vous ?
C'est un anniversaire très symbolique. Cela fait dix ans que je coordonne JazzContreBand, j'ai donc accompagné près d'un tiers de son histoire. En trois décennies, le festival est devenu un acteur incontournable du paysage culturel transfrontalier. Mais JazzContreBand est bien plus qu'un festival, c’est un réseau qui fait vivre toute l'année les liens entre la France et la Suisse. Nous partageons un même territoire, une même langue, des histoires communes. Notre rôle est d'animer cette dynamique, de créer des passerelles entre les artistes, les salles et les publics. Ce qui me touche le plus, c'est que le jazz porte naturellement des valeurs d'ouverture, de métissage et de dialogue. À travers la musique, nous faisons tomber les frontières. C'est une forme d'utopie... mais une utopie qui fonctionne !
En trente ans, comment le festival a-t-il évolué ?
Les vingt premières années ont permis de construire son identité et de fédérer progressivement les acteurs du territoire. Lorsque je suis arrivée, le réseau comptait 24 lieux partenaires. Aujourd'hui, ils sont 47. Cette croissance s'est accompagnée de nouveaux projets : le Tremplin JazzContreBand, les aides à la création, des coproductions, mais aussi une programmation qui dépasse désormais largement le mois d'octobre avec des concerts proposés tout au long de l’année. Nous avons également créé une véritable communauté de fidèles grâce au passe-partout, qui permet d'accéder facilement aux concerts du réseau pour un prix hyper abordable.
JazzContreBand est souvent présenté comme un réseau avant d'être un festival. Est-ce son véritable ADN ?
Complètement. Le festival est la partie visible de l’iceberg. Derrière, il y a un réseau de presque cinquante structures qui échangent, collaborent et construisent ensemble. Notre mission repose sur trois piliers : soutenir le jazz sous toutes ses formes, favoriser la circulation des artistes et des publics entre les deux pays, et accompagner les jeunes talents. Cette coopération est essentielle. Elle permet à des artistes suisses de se produire en France, et inversement, parfois jusqu'à une reconnaissance internationale…
Quels seront les temps forts de cette 30e édition ?
L'ouverture s'annonce exceptionnelle avec une création originale avec Erik Truffaz et l'Orchestre des Alpes & du Léman. Ce projet, qui rassemble des musiciens français et suisses autour d'une même œuvre, incarne parfaitement l'ADN transfrontalier de JazzContreBand. Autre temps fort de cette 30e édition : les deux soirées de clôture, les 30 et 31 octobre, qui mettront à l'honneur plusieurs artistes accompagnés par JazzContreBand au fil des années, grâce au Tremplin et à notre dispositif de soutien à la création. Une manière de célébrer celles et ceux qui ont grandi avec le festival et de raconter, en musique, trente ans d'engagement auprès des artistes.
La programmation accueillera également de grandes figures de la scène jazz actuelle, parmi lesquelles James Carter, Fatoumata Diawara et Dafné Kritharas.
À travers la musique, nous faisons tomber les frontières
Le Tremplin occupe une place importante dans votre projet. Pourquoi est-il si essentiel ?
Parce qu'il accompagne concrètement les jeunes musiciens. Chaque année, cinq groupes de la région franco-suisse sont sélectionnés. Le lauréat bénéficie ensuite d'une véritable tournée dans le réseau, avec plusieurs dates de concerts, ainsi qu'une programmation à Jazz à Vienne. Au-delà d'un concours, c'est un véritable outil de professionnalisation. Nous avons vu émerger de nombreux artistes qui poursuivent aujourd'hui une très belle carrière.
Le jazz est parfois considéré comme une musique exigeante. Partagez-vous cette idée ?
Je crois surtout qu'il existe des jazz au pluriel. Il est impossible de dire que l'on n'aime pas le jazz tant cette musique est multiple. Entre Erik Truffaz, Fatoumata Diawara, James Carter, Arthur Hnatek ou encore Manon Mullener, chacun peut trouver une porte d’entrée. Depuis dix ans, j'ai moi-même énormément découvert. Le jazz ne cesse de se réinventer, de dialoguer avec d'autres musiques et d'attirer de nouveaux publics.
Si vous deviez conseiller 3 rendez-vous incontournables cette année ?
Évidemment le concert d'ouverture avec Erik Truffaz. Je recommande aussi le Tremplin, qui est gratuit et permet de découvrir cinq groupes émergents en quelques heures. C'est souvent là que naissent les plus belles surprises. Enfin, les deux soirées de clôture seront très émouvantes puisqu'elles réuniront plusieurs artistes qui ont grandi avec JazzContreBand.
Quel message aimeriez-vous adresser au public pour cette édition anniversaire ?
J'aimerais simplement inviter chacun à célébrer le jazz pendant tout le mois d’octobre. Osez pousser la porte d'une salle, découvrez un artiste que vous ne connaissez pas encore. C'est souvent ainsi que naissent les plus belles émotions. Le spectacle vivant crée des rencontres, de l'écoute et du partage. Dans le contexte actuel, nous avons plus que jamais besoin de ces moments-là.
Après trente ans, quel est le plus grand défi de JazzContreBand ?
Continuer à faire vivre cet esprit collectif. JazzContreBand appartient avant tout à ses membres, à ses artistes et à son public. J'espère que cette aventure continuera longtemps, tout en conservant l'esprit imaginé par ses fondateurs. Mon souhait est que le réseau poursuive son élan transfrontalier, que les salles continuent à travailler ensemble et que le public reste curieux. Car soutenir les artistes, c'est aussi faire vivre notre territoire et créer du lien entre les gens.
Propos recueillis par Carole Cailloux
