Publié le 21 janvier 2026
Quand les satellites retombent sur Terre : menace invisible au-dessus de nos têtes ?
Crédit photo : © MokaMag
Décryptage

Quand les satellites retombent sur Terre : menace invisible au-dessus de nos têtes ?

L’envers du progrès
Société
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Decryptage

Levez les yeux la nuit, et vous pourriez apercevoir une traînée lumineuse traverser le ciel. Non, ce n’est pas forcément une étoile filante, mais probablement un satellite Starlink en train de brûler dans l’atmosphère. Depuis 2019, SpaceX a lancé plus de 8 000 de ces engins en orbite basse, avec une durée de vie d’environ cinq ans. Une fois obsolètes, ils sont censés se désintégrer complètement en descendant vers la Terre, loin des zones habitées. Oui, en théorie…

Jonathan McDowell, astrophysicien à l’université Harvard, confirme qu’un à deux Starlink retombent et se consument dans l’atmosphère chaque jour. Un chiffre qui pourrait atteindre cinq dans un futur proche, à mesure que la constellation continue de s’étendre et que d’autres projets de méga-constellations, comme Kuiper d’Amazon ou OneWeb, se multiplient. Même si SpaceX limite la descente des satellites à une entrée assistée – ils brûlent leur carburant restant pour réduire le risque d’accidents – les experts rappellent que le ciel pourrait devenir un véritable champ de bataille technologique…

la probabilité qu’au moins une personne sur Terre soit tuée par un débris pourrait atteindre 61 % par an

Risque pour la population : faible… mais réel

SpaceX assure que la probabilité qu’un individu soit touché par un débris est inférieure à une chance sur 100 millions. Pourtant, un rapport de l’Administration fédérale de l’aviation américaine de 2023 projette qu’en 2035, environ 28 000 fragments de satellites Starlink pourraient survivre à leur rentrée chaque année. Selon cette étude, la probabilité qu’au moins une personne sur Terre soit tuée par un débris pourrait atteindre 61 % par an. Autrement dit, le risque individuel reste microscopique, mais la menace globale n’est pas nulle. Des incidents isolés ont déjà été recensés : en 2024, un morceau de capsule SpaceX Dragon a été retrouvé dans l’Ouest de la Caroline du Nord, et un fragment de Starlink au Canada.

Quand le Soleil accélère la chute

L’activité solaire complique encore la donne. Les tempêtes géomagnétiques peuvent densifier l’atmosphère et précipiter la descente des satellites. En mai 2025, une tempête solaire a accéléré la chute des Starlink de 10 à 12 jours. Pour les ingénieurs, cela complique les rentrées contrôlées et augmente le risque que des débris tombent en dehors des zones prévues. Une tempête massive pourrait, théoriquement, désactiver des centaines de satellites simultanément, générant un nuage de débris incontrôlable…

Une tempête massive pourrait, théoriquement, désactiver des centaines de satellites simultanément, générant un nuage de débris incontrôlable…

Pollution atmosphérique : un effet collatéral inquiétant

Chaque satellite qui brûle libère environ 30 kilos d’oxyde d’aluminium dans la haute atmosphère. Des analyses de la NOAA et de la NASA ont montré que 10 % des particules de la stratosphère contiennent de l’aluminium issu de satellites ou fusées désintégrés. Avec la multiplication des lancements, ce taux pourrait grimper jusqu’à 50 %. Ces particules pourraient absorber et réfléchir les rayons du soleil, perturber la chimie atmosphérique, voire contribuer à la destruction de l’ozone. Les scientifiques oscillent entre “c’est négligeable” et “nous sommes déjà en train de causer des dommages”. L’incertitude est telle que l’ampleur réelle des impacts pourrait ne pas être connue avant qu’il soit trop tard.

Pollution lumineuse : le ciel se voile

À cela s’ajoute un phénomène moins connu mais tout aussi inquiétant : la pollution lumineuse. Selon l’Association française d’astronomie, la multiplication des satellites, notamment Starlink, crée un véritable maillage lumineux dans le ciel nocturne. Les panneaux solaires des engins réfléchissent la lumière du soleil, générant des traînées visibles à l’œil nu et perturbant l’observation des étoiles et de la Voie lactée. Ce phénomène s’ajoute à l’éclairage urbain déjà excessif, qui empêche 60 % des Européens de voir la Voie lactée et réduit l’accès au “ciel profond”, c’est-à-dire aux étoiles faibles et aux phénomènes astronomiques ponctuels.**

Conséquences sur la santé et la biodiversité

La lumière artificielle nocturne a également des effets sur le corps humain et la faune. Chez l’humain, elle perturbe le sommeil et peut contribuer à des troubles métaboliques, à la dépression ou même à certains cancers. Pour la biodiversité, elle dérègle les cycles naturels : les oiseaux peuvent anticiper leur reproduction, les chauves-souris peinent à chasser, et les insectes, attirés par les lumières, meurent en masse, fragilisant toute la chaîne alimentaire. Si certaines communes françaises commencent à limiter l’éclairage public la nuit, le problème risque de s’aggraver avec l’augmentation des satellites.

le ciel est devenu un véritable laboratoire de surpopulation orbitale

Conséquences sur la santé et la biodiversité

La lumière artificielle nocturne a également des effets sur le corps humain et la faune. Chez l’humain, elle perturbe le sommeil et peut contribuer à des troubles métaboliques, à la dépression ou même à certains cancers. Pour la biodiversité, elle dérègle les cycles naturels : les oiseaux peuvent anticiper leur reproduction, les chauves-souris peinent à chasser, et les insectes, attirés par les lumières, meurent en masse, fragilisant toute la chaîne alimentaire. Si certaines communes françaises commencent à limiter l’éclairage public la nuit, le problème risque de s’aggraver avec l’augmentation des satellites.

Un regard historique sur ces satellites

Depuis le lancement de Spoutnik en 1957, le premier satellite artificiel, l’humanité a lentement envahi l’espace proche de la Terre. Dans les années 1960 et 1970, les retombées de satellites étaient rares et souvent bien contrôlées. Avec la démocratisation des lancements commerciaux et l’arrivée des méga-constellations au XXIe siècle, le ciel est devenu un véritable laboratoire de surpopulation orbitale. Les scientifiques comparent aujourd’hui l’orbite terrestre à une autoroute saturée, où chaque nouvelle trajectoire augmente le risque de collisions et de débris, transformant l’espace en un environnement fragile et de plus en plus surveillé.

En attendant, lever les yeux vers le ciel reste un spectacle fascinant mais inquiétant à la fois : derrière chaque traînée lumineuse, se cache une course technologique effrénée, des enjeux environnementaux majeurs, et des défis pour la sécurité de notre planète…

Carole Cailloux

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