Focus sur le CAC d’Anglet, à l’occasion de l’ouverture du 3ème volet du cycle « Vaste Monde # 3 » sur le thème: explorer le paysage et la lumière. Initiée en 2018, l’exposition s’inscrit dans une politique culturelle constante et fidèle à l’art contem- porain, défendue dès la fin des années 70 par un jeune conseiller municipal: Jean-Michel Barate. Passionné de culture, son ambition est alors de construire dans le temps une image d'Anglet liée à l'art contemporain. Sous son impulsion, en 1981, est votée l’ouverture d'une ligne budgétaire dédiée à l'acquisition d'œuvres. La même année, la municipalité achète en viager, pour la somme de 3 200 000 francs de l’époque, la Villa Beatrix Enea, 1077 m2, et un parc de plus de 1 ha, qui entrera en 1993 dans le patrimoine public et sera transformée en centre d’art contemporain, en 2016.
La Villa Beatrix Enea est construite en 1903, avec l’archi- tecte Raymond Larrebat-Tudor, par Paul Campagne, propriétaire de l’hôtel d’Angleterre à Biarritz. Cette ancienne résidence d’été cosmopolite de la Belle Epoque, en pierre de Bidache, s’appelait Villa Marnoger (contraction des prénoms des enfants du couple Campagne: Marcel, Nora, Roger), et a été renommée Beatrix Enea après avoir été la propriété de plusieurs familles du gotha européen.
La galerie Pompidou vient confirmer cette politique culturelle audacieuse. Ouverte en 1989, elle est la première galerie publique d’art contemporain de la région et investit de nouveaux espaces, face à la Villa Beatrix Enea, en 2023. 480 m2 conçus par l’architecte Philippe Rabier qui a repris les couleurs de la villa avec un toit qui laisse passer la lumière du jour. Dans son jardin, un petit bâtiment en zinc abrite un studio pour un artiste en résidence.
Un fond riche de plus de 3500 oeuvres d’art contemporain, exposées régulièrement.
La Villa Beatrix Enea est l’écrin unique d’une collection acquise au fil de legs successifs, inaugurés par l’artiste José González de la Peña (1887-1961), en 1970. En 1993, elle héritera de 162 peintures de Puch et de 33 oeuvres issues de sa collection privée. Suivront des gouaches de Jean Lesquibe, la collection privée de Marie-Claude Sethi en 2007, les affiches et les lithographies données par Christie Cavalero, galeriste à Cannes, et la collection Valentine et Jean-Claude Marcadé, intellectuels et spécialistes de l’avant-garde russe et ukrainienne, 2200 oeuvres, en 2022.
Soudainement disparu en octobre 2024, Jean-Michel Barate, enfant du pays, était passionné par le caractère patrimonial de la ville et par l’art qui se construit tous les jours. Président de la Scène Nationale du sud-aquitain pendant 10 ans, membre du conservatoire de Bayonne et de l’Académie Maurice-Ravel, on lui doit en outre la création de la Biennale d'art contemporain à Anglet. Jean-Pierre Laflaquière, adjoint au maire, a pris sa succession.
On dit que l’art contemporain est l’ADN culturel d’Anglet. Comment est née cette vocation ?
C’est Jean-Michel Barate qui est à l’origine du dé- veloppement de l'art contemporain au sein de la ville d’Anglet. C'est lui qui a fait que la ville est reconnue au plan national dans ce domaine. Lors de son premier mandat en 2014, le maire Claude Olive n'a pas hésité et l'a nommé premier adjoint à la culture, au patrimoine et au jumelage. Mon objectif est de poursuivre ce qui a été engagé.
« L’OBJECTIF EST DE VALORISER LES ARTISTES LOCAUX »
Quelle est votre philosophie ?
L’art contemporain peut paraître un peu élitiste, mais cela a été un choix très judicieux de la part de Jean-Michel Barate. Quand on veut donner un peu de notoriété à une ville, il faut trouver des thématiques porteuses. Pas si facile quand des villes à proximité ont une aura internationale, des aspects historiques réels, ou de grands musées comme Bayonne et Biarritz. Anglet est une ville qui s’est développée très récemment. Alors nous sommes très attentifs à ce que la culture touche un maximum de personnes, en développant par exemple la médiation, en accueillant des élèves du primaire, du collège, et même de maternelle pour développer leur sensibilité à la culture.
Et cela semble fonctionner, vous ne cessez de vous agrandir...
La nouvelle galerie Pompidou a été inaugurée en 2023, face à la Villa Beatrix Enea. Un lieu parfaitement adapté à l’art contemporain avec plus de 300 mètres carrés d’exposition, et une salle de projection de 60 m2. L’ancienne galerie va être intégrée au chantier de la médiathèque, rebaptisée Jean-Michel Barate. Elle sera opérationnelle en 2027. C’est un projet de rénovation importante et d’extension avec 600 m2 supplémentaires. Nous manquons toujours de place.
D’autant plus que le fond de la ville d'Anglet est riche de plus de 3500 œuvres !
En effet, nous avons constitué un fond significatif qui est très bien conservé, dans les sous-sols de la Villa Beatrix. Nous avons une vraie richesse dans le domaine culturel. Souvent lorsque les artistes exposent, ils font don de certaines oeuvres, c’est aussi une manière d'enrichir notre collection.
Acquisition d’œuvres, mais aussi soutien aux artistes et à la création ?
Oui, en plus de l’exposition permanente, l’objectif est de valoriser les artistes locaux, les promouvoir lors d’expositions périodiques, leur donner une certaine visibilité, et faire en sorte qu’il puissent poursuivre leur carrière. Nos choix sont très éclectiques, comme dans ce troisième volet du cycle d’expositions « Vaste Monde ». Un événement qui s'inscrit dans le temps, avec des artistes marqués par un territoire commun: Juan Aizpitarte, Anne- Laure Garicoix, et Olivier Masmonteil.
Propos recueillis par Elsa Chapon

