Publié le 24 mars 2026
Pourquoi on lit de la New Romance ?
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Pourquoi on lit de la New Romance ?

Quand l'amour rencontre la nouvelle écriture
Lifestyle
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Decryptage

Ce n’est plus une rumeur : les jeunes lisent. Force est de constater que l’application TikTok et son « Booktok » sont devenus des piliers de la lecture chez les nouvelles générations. Pour beaucoup, ils sont à l’origine de passions littéraires. Mais la lecture était déjà alimentée par Internet bien avant l’apparition de TikTok en 2020. En 2006, l’application Wattpad est lancée par les entrepreneurs canadiens Allen Lau et Ivan Yuen. Bientôt, elle sera à l’origine des romances les plus mainstreams du monde, cumulant des millions de lectrices et lecteurs. La lecture prend alors un degré supérieur. Les jeunes lisent un genre en particulier : la romance, ou plutôt, la New Romance.

« On se raccroche à un imaginaire pour s’évader » : la New Romance, une nouvelle échappatoire 

Plusieurs questions se posent. Qu’est-ce que la New Romance ? D’où vient-elle ? Ce sous-genre de la romance raconte l’histoire de personnages entre 18 et 30 ans qui découvrent des expériences d’adultes. Comme une romance classique, les personnages vivent des histoires d’amour, à l’exception que ces dernières sont souvent explicites. Si le genre est d’abord nommé « New Adult » en référence au public qu’elle vise et à l’âge de ses personnages, les maisons d’édition préfèrent peu à peu l’appellation « New Romance » pour centraliser le genre autour de la romance, une façon d’éviter les confusions. Cette nouvelle romance détient un succès translucide : elle dévoile un monde qu’on connaît, avec des personnages qui sortent de l’ordinaire. À l’inverse de la romantasy ou des autres romances, qui ouvrent le lecteur à une évasion imaginaire, la New Romance démontre une normalité assumée. Simplement, ses dialogues romantiques langoureux ont le don de charmer le public. De la tension entre deux personnages, des esprits (parfois) tourmentés et quelques sarcasmes : le cocktail de la New Romance à beau être prévisible, il n’en est pas moins addictif.

Laurette, 22 ans, est lectrice de new Romance. Pour elle, lire est une échappatoire, voir même une façon de réaliser ses fantasmes. « Quand j’ai commencé à lire en 2025, j’ai lu La sage-femme d’Auschwitz et La femme de ménage ; ce que j’aimais le plus dans ces livres, c’était les histoires d’amour. Parfois ça relève un peu de l’ordre du fantasme », glisse-t-elle en souriant. « Les personnages ont une vie différente de la mienne, mais je peux quand même m’y identifier, ce sont des histoires qui restent accessibles malgré tout. Si ce n’était pas des livres, ma copine pourrait me raconter des histoires de cœur similaires ».

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Avant la new romance contemporaine, lire des belles histoires d’amours ancrées dans notre société était déjà une mode…au XIXe siècle. La reine de la romance, Jane Austen, introduit en 1811 un style de romance audacieux dans une littérature anglaise vieux-jeu. Naturellement, elle décortique ses codes sociaux et le marché du mariage de l'époque. Si elle est d’abord vivement critiquée par les hommes, force est de constater que ces derniers y prennent goût plus rapidement qu’ils ne veulent l’admettre. C’est l’effet austénien : on lit sans se prendre la tête, en appréciant un tableau romantique qui a (presque) tout pour plaire.  « Les romans de Jane Austen étaient indiqués pour guérir les individus en état de choc après la Première Guerre mondiale, en antidote pour les troubles mentaux. On lisait ses ouvrages dans les tranchées »explique le Dr Paula Byrne, auteure et membre du collège d'Oxford.

Ainsi, s’imprégner de romance est une façon de rêver. « C’est facile à lire », justifie Lya, lectrice de New Romance depuis le collège. Comme beaucoup, la jeune femme de 23 ans a débuté les lectures langoureuses sur l’application Wattpad. « J’ai toujours été très friande d’amour, même si c’est prévisible ». Comme elle, il existe des millions de lectrices et lecteurs de New Romance dans le monde entier. En France, le sous-genre de la romance représente 5 à 10% du marché du livre en ventes.

Mais alors, pourquoi ces livres sont-ils si critiqués ? Entre des schémas hétéronormatifs trop cliché et des femmes trop naïves, le sous-genre divise les lectrices et les lecteurs.

De la tension entre deux personnages, des esprits (parfois) tourmentés et quelques sarcasmes : le cocktail de la New Romance à beau être prévisible, il n’en est pas moins addictif

L’envers du décor : une romance contemporaine qui glamourise les idéaux hétéronormatifs ?

Depuis quelques années et notamment depuis l’éclatement du BookTok en 2020, les autrices de new romances semblent se décupler. Des têtes d’affiche ont pris possession des bibliothèques : Morgane Moncomble, Ali Hazelwood, Emily Henry, Colleen Hoover… pour ne citer que les grands noms. Pendant la promotion de sa nouvelle trilogie de romance historique, Morgane Moncomble sort le drapeau blanc. « Je voulais des romances haletantes, sexy et féministes », explique-t-elle au micro de RTL. « On parle d’amour, mais aussi de sujets plus importants ». En effet, ces nouvelles autrices abordent des thèmes sensibles comme les violences conjugales, le harcèlement ou encore les troubles alimentaires.

Mais sur la forme, est-ce que la New Romance est vraiment bloquée dans un schéma patriarcal ? Il faut regarder la vérité en face : la New Romance est souvent écrite par des femmes hétérosexuelles, ce qui laisse peu de place à la diversité sexuelle. Les autrices écrivent ce qu’elles connaissent et ce qu’elles voient dans la pop-culture. Des relations clichées, avec un bad boy et une jeune femme naïve. « J’en lis rarement parce que ça m'énerve de voir ces schémas de violence et d'emprise se répéter... On dirait pas comme ça, mais ça à un impact sur nous ! ». Linda, 23 ans, ne lit plus de New Romance depuis le lycée. Comme elle, de nombreuses jeunes femmes ne portent aucun intérêt à la New Romance et ses nouveautés. Elles accusent le sous-genre de romantiser un système patriarcal violent, dans lequel les femmes sont inférieures aux hommes. « Ce sont toujours les mêmes schémas », appuie Charlotte, ancienne lectrice de livres Wattpad. « C’est ennuyant à la longue ».

Pourtant, les nouvelles autrices citées ci-dessus semblent vouloir bouleverser les codes. Pour que la New Romance prenne plus de crédibilité, il faudra du temps… Ce qui est sûr, c’est que les nouvelles romances proposées doivent panser les plaies ouvertes par leurs mères. Le sous-genre est tiraillé par ses lectrices : certaines ne l'apprécient pas, épuisées par un patriarcat qu’elles retrouvent déjà trop dans leur vie quotidienne, tandis que d'autres lui laisse une chance, laissant les lignes évoluer avec leur temps. Doucement, mais sûrement. 

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Le sexe comme thème récurrent et son impact sur les lecteurs

La  New Romance est devenue experte dans les histoires d’amour plutôt torrides. Le sexe est souvent un pilier du début des relations entre les personnages principaux. Au micro de RTL, l’influenceur Toinetok s’avoue fan de New Romance. « Il y a des scènes de rapports sexuels, mais c’est écrit par des femmes donc ça fait une différence dans une société dans laquelle on a souvent le point de vue des hommes ».

Pour une partie des lectrices de New Romance, le sexe est parfois un atout alléchant pour ouvrir le livre. « Quand j’ai commencé à en lire au collège, c’était excitant parce que je n’avais pas de vie sexuelle » reprend Lya. « Aujourd’hui, ça fait partie du paysage littéraire donc c’est normal. J’ai conscience des scènes que je lis et je sais prendre du recul quand certaines choses ne sont pas normales ». Entre scènes de viol ou de domination masculine, certaines New Romance (parues avant 2020 pour la plupart) épluchent les troubles les plus profonds d’une société gangrénée par le stéréotype de l’homme dit « alpha ». Pour accueillir et dénoncer les pratiques les plus sombres, un énième sous-genre de la romance s’est développé : la Dark Romance. À l’inverse de la New Romance, cette dernière s’appuie sur des états psychologiques déclinants, une sexualité problématique et des situations malsaines. Le sexe dans la New romance est supposé plus doux, entre deux personnages qui s’attirent.

Tout comme le reste de l’histoire, le sexe résonne comme un énième cliché hétérosexuel de la romance. Si la femme ne découvre pas l’orgasme avec le protagoniste masculin, elle poursuit au moins une sexualité parfaite avec lui. « Il y a des livres qui ne tournent qu’autour de ça », souligne Charlotte. « C’est à se demander s’il y a une histoire réfléchie derrière ! ». Finalement, les lectrices tirent le même constat que pour le reste : le caractère parfois abusif du sexe tire ces relations imaginaires vers le cliché. Le sexe est placé au centre de l’amour, l’homme est maître de la situation. Seulement, les plumes évoluent au fil de la société et les nouvelles New Romance accordent plus de considération aux femmes. D’ailleurs, le simple fait que ces amours soient imaginé par des femmes marque une différence marquante avec d’autres romances écrites par des hommes. Lentement mais sûrement, les autrices apprivoisent leur public et écoutent. Le célèbre sous-genre aura peut-être un espoir d’élever les consciences au plus grand nombre ?

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