Il y a chez David Castello-Lopes quelque chose d’infiniment trompeur. Une voix calme, un regard à peine ironique, une diction presque universitaire. Puis surgit une réflexion sur le camembert mangé à Camembert ou sur l’angoissante théorie de la fin des savons, et l’on bascule sans prévenir dans une démonstration aussi absurde que brillamment construite. Chez lui, le détail le plus insignifiant prend des allures de sujet national.
Depuis quelques années, ce Parisien franco-portugais s’est imposé comme l’un des visages les plus singuliers de l’humour français. Ni vraiment stand-upper, ni chroniqueur pur jus, ni journaliste repenti : David Castello-Lopes occupe une zone à mi-chemin entre le documentaire obsessionnel, la conférence absurde et le fou rire savamment construit. Le public l’a découvert grâce à ses vidéos sur la Suisse, pays dont il parle avec une fascination devenue culte. Une étrange aventure médiatique qui lui vaut désormais un statut inattendu : celui de quasi-star helvétique. « En France, on me prend pour un Suisse », raconte-t-il. Pourtant, derrière le personnage pince-sans-rire se cache un perfectionniste inquiet. Très inquiet, même. Enfant brillant, élevé entre Paris et Lisbonne, David Castello-Lopes raconte avoir connu sa première crise d’angoisse à six ans, après avoir réalisé que le temps passait… et qu’on n’y pouvait rien. Ambiance. Cette conscience aiguë du ridicule de l’existence irrigue encore aujourd’hui une grande partie de son travail : chez lui, l’humour n’est jamais très loin d’une forme de vertige métaphysique.
Son parcours ressemble d’ailleurs moins à celui d’un humoriste qu’à celui d’un étudiant incapable de choisir une seule passion. Histoire à la Sorbonne, Journalisme, mémoire sur la photographie amateur, un bref passage par Berkeley… avant de bifurquer vers la télévision et l’écriture satirique. On le retrouve sur Canal+, au Gorafi, puis sur Arte avec ses formats devenus cultes, où il dissèque avec un sérieux maniaque des sujets dont personne ne pensait avoir besoin. L’histoire du Tipp-Ex ?Passionnante. Les origines du spam ? Incroyable ! Pourquoi les Suisses semblent meilleurs que nous dans à peu près tout ? Sa grande force est là : transformer l’insignifiant en aventure intellectuelle. Chez lui, une anecdote devient une enquête, un détail une obsession.
Cette mécanique atteint aujourd’hui une nouvelle étape avec « Délicieux », son deuxième spectacle, après une tournée marathon de plus de 170 dates conclue au Zénith de Paris. Cette fois, il s’attaque à une question immense : qu’est-ce qui procure du plaisir aux êtres humains ? Un bon verre de Sancerre, une promotion inattendue, le décès discret d’un ennemi, ou simplement le fait de savoir prononcer correctement « Avoriaz ». Tout est sur la table. Le plus fort, c’est qu’il réussit à faire rire sans jamais surjouer. Là où beaucoup d’humoristes accélèrent, crient ou saturent l’espace, lui choisit la précision chirurgicale. Il laisse les phrases respirer. Il installe le malaise. Puis il appuie exactement où il faut. Résultat : un humour d’apparence cérébrale, mais terriblement populaire.
Et puis il y a cette capacité rare à circuler entre les mondes sans jamais perdre sa singularité. Journaliste reconnu, auteur, musicien occasionnel, chroniqueur, obsessionnel du détail, star involontaire de TikTok grâce à son improbable tube Je possède des thunes… David Castello-Lopes semble avancer comme un homme surpris d’être là, mais déterminé à explorer jusqu’au bout toutes les absurdités de notre époque.
Dans un monde où tout le monde cherche à avoir l’air cool, lui préfère avoir l’air précis. Et c’est probablement ce qui le rend si drôle.

