Publié le 4 juin 2026
Ouverture de la Cité internationale du cinéma d’animation à Annecy - Rencontre avec Mickaël Marin
Crédit photo : © Laurent Durieux
Interview

Ouverture de la Cité internationale du cinéma d’animation à Annecy - Rencontre avec Mickaël Marin

« Rendre le cinéma d’animation accessible à tous »
Cinéma
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Interview
Crédit photo : Mickaël Marin © Yannick Perrin

Depuis plusieurs années, Annecy s’est imposée comme une capitale mondiale du cinéma d’animation grâce à son Festival, devenu incontournable pour toute l’industrie.

Avec la future Cité internationale du cinéma d’animation, la ville veut désormais prolonger cette dynamique toute l’année à travers un lieu immersif et ouvert à tous.

Mickaël Marin, à la tête du Festival, revient sur les ambitions de ce projet qui pourrait faire entrer Annecy dans une nouvelle dimension. Rencontre.

Depuis plusieurs années, Annecy est déjà considérée comme la capitale mondiale de l’animation. Qu’est-ce qui manquait encore selon vous pour franchir une nouvelle étape ? 

Le Festival a permis à Annecy de devenir la capitale mondiale de l’animation. Mais il nous manquait un lieu permanent, capable de faire vivre cette énergie toute l’année. Dès les débuts du Festival, dans les années 60, les pionniers imaginaient déjà un espace consacré au cinéma d’animation. Le projet a mis du temps à mûrir! (rires). Aujourd’hui, cette Cité représente à la fois l’aboutissement de plus de soixante ans d’histoire et l’ouverture d’un nouveau chapitre. On est face à quelque chose d’assez unique : un événement de dimension mondiale qui se part enfin d’un équipement culturel à la hauteur de son rayonnement. Quand on voit que le Festival accueille des professionnels et des artistes issus de plus de 118 pays, on mesure la singularité d’Annecy dans le paysage culturel mondial. Après Cannes et Berlin, il s’est fait une place majeure dans le cinéma.

La future Cité du cinéma d’animation est présentée comme un “lieu de vie”. Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ? 

C’était essentiel pour nous de créer un vrai lieu de vie, pas un espace réservé aux professionnels. La Cité doit être un endroit où l’on vient naturellement : voir une expo, assister à une projection, découvrir les coulisses de l’animation ou simplement profiter du Haras en famille. Le public pourra découvrir dès le 19 juin l’exposition permanente consacrée aux secrets de fabrication du cinéma d’animation, ainsi que plusieurs grandes expositions temporaires, dont une immersion inédite dans l’univers du studio LAIKA autour de son prochain film Wildwood, et une rétrospective consacrée aux 25 ans de créations du studio Ankama. L’idée est que chacun puisse composer sa propre expérience, entre découverte, immersion et rencontre avec la création contemporaine.

Crédit photo : © Ville d'Annecy / Q. Trillot

Si vous deviez résumer l’ambition de cette Cité en une phrase ? 

Rendre le cinéma d’animation accessible à toutes et tous, avec un haut niveau d’exigence artistique, mais dans un esprit profondément populaire et ouvert.

L’animation est parfois associée au “dessin animé pour enfants”. Est-ce encore un défi de faire reconnaître l’animation comme un cinéma à part entière ? 

Les choses évoluent beaucoup, heureusement. Les éti-
quettes sont toujours longues à faire tomber, mais aujourd’hui le public comprend de mieux en mieux que l’animation peut raconter absolument tous les sujets. On voit émerger des films très intimes, politiques, historiques, parfois destinés aux adultes ou aux adolescents. Des œuvres comme « Persepolis » avaient déjà contribué à changer le regard. L’animation est une technique au service d’un propos.

Vous souhaitez aussi faire de la Cité un outil d’éducation à l’image ? 

Oui, très clairement. L’éducation à l’image est au cœur du projet. Nous travaillons avec les collectivités, les collèges, les établissements scolaires, mais aussi avec des structures d’éducation populaire. Il ne s’agit pas seulement d’apprendre à regarder une œuvre. Il faut aussi apprendre à la questionner, à la décrypter, à comprendre comment elle est fabriquée. Dans une époque saturée d’images et bouleversée par l’IA, développer l’esprit critique des jeunes générations est vraiment essentiel.

L’animation est aujourd’hui traversée par des mutations technologiques immenses. L’IA représente-t-elle une révolution comparable au passage de la 2D à la 3D ? 

Oui, probablement. L’intelligence artificielle va profondément transformer notre secteur. Mais je suis plutôt optimiste. Comme toutes les grandes ruptures technologiques, elle ouvre aussi de nouveaux champs de création. Aujourd’hui, nous vivons une autre révolution. Mais ce qui reste fondamental, c’est le geste humain, l’intention artistique, le regard. L’exposition Laika montre d’ailleurs très bien cette dimension artisanale du cinéma d’animation : la fabrication à la main, le travail de matière, le rapport physique à l’image.

Le prochain MIFA accordera une large place à l’intelligence artificielle. Sujet incontournable ? 

Le Festival et le MIFA ont cette responsabilité : accompagner les mutations de l’industrie et créer un espace de dialogue entre artistes, studios, producteurs, diffuseurs et chercheurs. L’intelligence artificielle, les nouveaux modes de financement, les expériences immersives ou encore les passerelles entre jeu vidéo, séries, cinéma et XR redessinent aujourd’hui les frontières de la création. Plus que jamais, Annecy doit être le lieu où ces débats existent, elle doit être l’agora de ces débats !

Il nous manquait un lieu permanent, capable de faire vivre cette énergie toute l’année

Quel rôle la Cité pourra-t-elle jouer auprès des jeunes générations ? 

J’espère qu’elle fera naître des vocations. C’est probablement l’un des enjeux les plus importants. Quand un enfant découvre qu’il peut fabriquer lui-même une image animée, raconter une histoire ou créer un personnage, quelque chose se passe, c’est très puissant. Nous travaillons déjà avec des formations comme Les Gobelins à Annecy, et avec tout l’écosystème local de création. La Cité doit devenir un accélérateur pour la jeunesse et un lieu où l’on ose imaginer des parcours artistiques.

Comment imaginez-vous Annecy dans 10 ans grâce à ce projet ? 

J’espère une ville encore plus habitée par le cinéma d’animation, mais surtout une ville qui aura embarqué encore davantage de monde dans l’aventure. J’espère que la Cité aura fait sa place et sera un lieu fréquenté toute l’année, vivant, traversé par des publics différents. La Cité doit renforcer ce qui fait déjà l’ADN d’Annecy : un territoire capable de réunir création, transmission et innovation autour d’un projet culturel ambitieux.

Vous dirigez cet événement depuis de nombreuses années. Qu’est-ce qui vous émerveille encore aujourd’hui dans l’animation ? 

L’émotion collective ! Voir le public se réunir sur la Pâquier, une salle entière rire, pleurer ou être bouleversée ensemble est quelque chose de très fort. Chaque année, on voit des enfants créer leurs premiers films, des artistes présenter des œuvres incroyables, des publics découvrir des univers qu’ils n’auraient pas imaginés. Et puis il y a cette énergie collective de Citia, on a vraiment déplacé des montagnes avec les équipes. Rien ne se fait par hasard. Le Festival avait déjà un héritage immense. La Cité va nous permettre d’aller encore plus loin. Dans un contexte où la culture est fragilisée, voir des collectivités, l’État et des partenaires réussir à se réunir autour d’un projet culturel de cette ampleur est quelque chose de rare et précieux ! 

Propos recueillis par Carole Cailloux

Cité internationale du cinéma d’animation
Haras d’Annecy - Ouverture officielle le week-end du 19 juin 2026

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