Publié le 22 octobre 2026
Mikael Moune : Dessiner avec une âme d’enfant
Portfolio

Mikael Moune : Dessiner avec une âme d’enfant

Rencontre avec l'artiste en couverture du MokaMag d'automne 2026
Art
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Depuis l’enfance, Mikael Moune dessine pour raconter des histoires et créer des univers où l’on peut se perdre. Nourri par les mangas, la culture japonaise et ses propres souvenirs, il navigue aujourd’hui entre illustration, peinture et édition jeunesse. Avec un trait épuré, sensible et une vraie attention portée aux petits détails, il cherche surtout à faire naître une émotion. Rencontre avec un artiste qui a gardé son âme d’enfant.

Crédit photo : Fini la récré © Mikael Moune

Vous dessinez depuis l’enfance. Qu’est-ce qui est resté de l’enfant que vous étiez dans votre manière de créer aujourd’hui ?

Enfant, j’aimais me mettre dans ma bulle pour dessiner, créer tout un univers dans lequel je pouvais me raconter toutes sortes d’histoires. Aujourd’hui, dans ma pratique de la peinture, quand je m’assois devant mon chevalet et ma toile vierge, je me sens dans cette même safe place. Je revois le petit enfant qui prenait un plaisir immense à dessiner et à s’émerveiller à voir cette page blanche se transformer en belle illustration.

Le manga et la culture japonaise ont beaucoup nourri votre imaginaire. Qu’est-ce qui vous fascine encore dans cet univers ?

J’ai appris à dessiner avec les mangas. Petit, je recopiais mes personnages préférés, cela m’a appris les bases 

du dessin. Enfant, mon rêve secret était de dessiner mon propre manga. J’ai toujours aimé les valeurs que transmettent les mangas.Les héros se battent pour leurs convictions, ils tombent et se relèvent. C’est une leçon de vie. Ça m’a appris à toujours croire en mes rêves et à ne jamais rien lâcher.

Vos illustrations sont souvent très épurées, mais dégagent beaucoup d’atmosphère. Comment construisez-vous cette simplicité ?

J’essaie de créer une composition dans laquelle je peux guider le regard du spectateur, pour qu’il puisse entrer dans ma toile et se perdre à l’intérieur de mon univers poétique. J’aime l’élégance que dégagent les images simples. Je veux que mes œuvres restent accessibles et lisibles, pour les petits comme pour les grands. Souvent, je raconte des histoires qui ont différents niveaux de lecture pour que chaque public puisse s’y identifier.

Crédit photo : La peinture (Autoportrait) © Mikael Moune

Vos personnages semblent souvent saisis dans des moments suspendus, comme des petits fragments d’histoire. Est-ce quelque chose que vous recherchez consciemment ?

Autant en illustration qu’en peinture, je recherche dans mes souvenirs, c’est un travail de mémoire. Tous ces personnages sont une part de moi, je mets beaucoup de moi-même dans mes œuvres. Souvent, les récits intimes résonnent chez le spectateur, il peut y voir par effet miroir sa propre histoire. Devenir lui-même le héros de l’œuvre.

Vous avez travaillé pour la presse, la publicité, l’édition jeunesse… Comment répondre à une commande tout en conservant un univers et une écriture très personnels ?

Pour ces commandes, on fait appel à moi pour mon style graphique, donc dans tous les cas, je vais conserver mon trait et ma technique.

Ce qui change, c’est pour qui s’adresse le livre. Par exemple, pour un public très jeune, je vais devoir simplifier mon dessin, le rendre un peu plus rond et facile d’accès. Et à l’inverse, pour les travaux destinés aux adultes, j’aime les illustrations plus complexes et métaphoriques.

L’illustration jeunesse occupe une place importante dans votre parcours. Qu’est-ce qui vous plaît dans le fait de dessiner pour les enfants — et qu’est-ce que cela change dans votre façon de raconter ?

Travailler pour les enfants, c’est avoir un rôle éducatif, donc il faut que mon dessin soit juste, coloré et ludique. Avec ces livres, les enfants vont apprendre et devenir curieux. La transmission aux générations plus jeunes est quelque chose qui me tient à cœur.

Vous avez notamment illustré « Le Guide de voyage des civilisations antiques et Raconte-moi l’archéologie ! ». Comment rendre un contenu documentaire vivant et accessible sans perdre la précision ?

Pour ce genre de projet, qui est de l’ordre du documentaire. L’éditeur arrive vers moi avec le texte déjà écrit, il ne reste plus qu’à le mettre en image. Les illustrations me permettent de raconter des choses différentes de ce que dit le texte, pour ne pas être redondant et le mettre en valeur. Pour les doubles pages, j’aime que les illustrations soient riches et détaillées pour une meilleure immersion possible. Pour « Raconte-moi l’archéologie », j’avais des échanges réguliers avec mon éditeur et les archéologues de l’INRAP. Quand j’avais des interrogations, ils m’envoyaient des ressources pour être le plus précis possible, c’était une vraie collaboration. Il y a beaucoup d’allers-retours et de relectures pour que le produit final soit précis, éducatif et accessible.

Je veux que mes œuvres restent accessibles et lisibles, pour les petits comme pour les grands.

Avec votre exposition « Récréation », vous avez développé une approche plus personnelle autour de l’enfance et du jeu. Pourquoi ce retour à l’enfance vous parle-t-il autant aujourd’hui ?

Cette thématique est venue naturellement. C’était un moment où j’avais besoin de dialoguer avec mon enfant intérieur. J’ai essayé de recomposer le puzzle de ma jeunesse. La peinture a ce superpouvoir de parler à notre inconscient et d’ouvrir certaines portes enfouies profondément. J’y ai découvert des choses très intéressantes sur moi-même.

À l’heure où les images sont produites et consommées à une vitesse folle, qu’est-ce que le dessin à la main permet encore de raconter ?

Je crois qu’on a besoin de revenir à l’humain. Aujourd’hui, tout va trop vite, tout est numérique et trop parfait. En faisant des choses à la main, la beauté se trouve souvent dans les imperfections. J’aime voir les gros coups de pinceau, voir la matière sur la toile, voir une œuvre se mouvoir en face de moi. J’aime le fait de travailler plusieurs jours sur le même projet, de rater, de me questionner et de recommencer.

Qu’est-ce qui vous donne envie de prendre un crayon aujourd’hui ? Et qu’aimeriez-vous encore dessiner que vous n’avez jamais dessiné ?

Dessiner chaque jour est un besoin pour moi, c’est avec un crayon que je m’exprime le mieux. J’aimerais un jour écrire mes propres histoires dans un livre jeunesse, peindre à la main chaque page du livre, et pourquoi pas organiser une exposition avec les œuvres originales de ce projet. Ça me plairait beaucoup.

Propos recueillis par Carole Cailloux

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