Publié le 6 mars 2026
Mathias Malzieu : L'homme qui écoutait battre le coeur des chats
Crédit photo : © Pascal Ito
Interview

Mathias Malzieu : L'homme qui écoutait battre le coeur des chats

Mathias Malzieu se livre avec générosité et s’explore sur scène dans une autofiction, en forme de comédie musicale, guidée par l’espoir.
Spectacle
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Interview, concert littéraire

Matthias Malzieu se livre avec générosité et s’explore sur scène dans une autofiction, en forme de comédie musicale, guidée par l’espoir. Après plusieurs romans dont « Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi » sur la disparition de sa mère, « La mécanique du coeur » et « Journal d’un vampire en pyjama » sur une maladie rare du sang qui lui valu une greffe de la moelle osseuse, le chanteur du groupe Dionysos s’empare à nouveau de ce destin qu’il partage aujourd’hui avec sa femme, l’artiste Daria Nelson.

Comment est née cette histoire ?

Après une fausse couche qui a failli coûter la vie à ma femme. Ce deuil a donné un résultat curieux: c'est que moi j'ai toujours envie d'avoir un enfant et elle plus. J’ai eu besoin d'écrire là-dessus, et pour trouver la bonne distance, j'ai donné la parole aux chats. Dans le réel, nos chats nous ont fait du bien, ils ont été un facteur apaisant assez déterminant. Un jour, l’un d’eux s’est mis à « dépenailler » la couverture d’un de mes recueils de poèmes intitulé « Chatonnes » et qui traînait dans mon hamac. Je me suis dit qu’il avait le goût de la poésie, et je me suis amusé à me dire qu’il se faisait aussi ses griffes sur mes vinyles et qu’il en apprenait les chansons. En même temps que le livre, on a donc enregistré un album avec des reprises qui pouvaient faire écho à l’histoire. Des madeleines de Proust absolues comme les Doors, Johnny Cash, Brassens ou Aznavour, mais aussi Lady Gaga, Claude François et West Side Story.

C’est un spectacle multi-format, inclassable, comment le présenteriez-vous ?

C’est une comédie musicale, où les fantômes de l'enfant qui n'est pas venu, une fille et un garçon, se réfugient dans le cœur des chats et chantent. Il y a un écran, une marionnette, j’ai un masque de chat, le deuxième chat est à l’écran et c’est la voix de Daria Nelson, ma femme, qui chante et qui parle. Il y a un côté « La Rose pourpre du Caire » où le personnage sort de l'écran. Je joue aussi le « raconteur d’histoires », sans le masque. Puis je réapparais à l'écran avec la tête de chat. Il y a tout un jeu comme ça. Dans la comédie musicale, même si on sait la fin inéluctable, il y a toujours ce moment où ça chante, on a l'impression que tout peut arriver, le temps s'arrête un peu.

Vous aimez vous définir comme un « raconteur d’histoires »

Oui, ce qui me caractérise le plus, ce sont les histoires, l'invention, l'imagination. « Raconteur » et « écouteur » aussi, parce que je me nourris des histoires des autres. Ça m'a beaucoup aidé dans les moments difficiles, et là aussi, avec ce double deuil: celui de cet enfant qui aurait pu venir et celui d'un éventuel deuxième essai. Mais ce n'est pas un pansement ou une aspirine. C'est juste qu'il y a des moments où ça peut transcender la joie, enchanter le quotidien, c’est « Le Je-ne-sais-quoi et le Presque-rien » de Jankélévitch. J’essaye de plonger le réel dans un autre bain pour reprendre la main sur lui, avec la fiction, l’humour ou l’autodérision, sans être dans le déni. Ces petites mécaniques là me passionnent.

« IL Y A DES HISTOIRES QU'ON A ENVIE DE RACONTER ET DES HISTOIRES QU'ON A BESOIN DE RACONTER »

Est-ce une nécessité ?

Il y a des histoires qu'on a envie de raconter et des histoires qu'on a besoin de raconter. Le but, quand on a besoin de raconter, c'est que ça devienne une histoire qu'on a envie de raconter. Sinon c’est une séance de psy améliorée, une catharsis qui n'a pas vocation à être publiée. Il y a de la nécessité mais aussi du jeu et du plaisir, même si c'est comme l’ascension d’une montagne, il faut en baver pour avoir la belle vue du sommet.

Ces spectacles agissent- ils comme un baume ?

On prend de plus en plus de plaisir. Des automatismes se créent, ce qui donne de la liberté. Travailler sur moi, me marrer un peu, vivre de grosses émotions sur scène, ça me fait aller mieux. Quand j’ai perdu ma mère, c’est comme si on m'avait coupé un bras. Je savais très bien que le bras n'allait pas repousser mais écrire m'a aidé à vivre mieux sans ce bras. Si on veut que le bras repousse et déve- lopper une espèce de pensée magique, ça ne marche pas. Je ne veux pas faire de promesses, je veux être en chemin, en mouvement, et voir ce qui se passe dans l'aventure.

C'est quoi une bonne histoire ?

C’est celle qui, quand je l’écris, je la chante, je la joue, j’en suis ému, je ris, et quand entre le début et la fin je ne suis plus exactement le même. C'est le fameux arc du personnage. Je pense qu'il doit y avoir aussi un arc de celui qui crée. Je ne prétends pas à la perfection. La gestion de l'accident et de l'échec m'amuse beaucoup plus que les fantasmes de la chanson parfaite pop. Ce qui m’excite c'est le moment impromptu, le frottement improbable des choses entre elles. Je préfère avoir une conversation avec quelqu'un avec qui je ne suis pas d’accord, plutôt que de ricaner avec celui qui pense exactement la même chose que moi.

Vous avez un lien particulier avec le sud-ouest...

J'adore y aller, et surfer à la Côte des Basques. Et j'ai publié mon premier livre, un recueil de nou- velles, grâce à un éditeur local, un surfeur génial, passionné qui avait sorti une anthologie de poésies sur les vagues. Une belle histoire sur mes débuts en littérature où Olivia de Dieuleveult m’a ensuite poussé à écrire mon premier roman...

Propos recueillis par Elsa Chapon

Mathias Malzieu - le vendredi 27 mars à 20h30 au Cinéma Grand Écran à Saint- Vincent-de-Tyrosse

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