Publié le 1 septembre 2026
L'Inconnue par le scénariste oscarisé de Anatomie d'une chute, Arthur Harari avec Léa Seydoux et Niels Schneider
Cinéma

L'Inconnue par le scénariste oscarisé de Anatomie d'une chute, Arthur Harari avec Léa Seydoux et Niels Schneider

Vertige d’un corps qui n’est plus le sien
Cinéma
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Drame, Thriller

Un homme se réveille dans le corps d’une inconnue : Arthur Harari fait de cette métamorphose le point de départ d’un fascinant trouble identitaire. Entre fantastique, désir et mémoire, L’Inconnue brouille les frontières du réel sans chercher à les éclaircir : un film hypnotique.

Un fantastique sans mode d’emploi

Avec L’Inconnue, Arthur Harari, coscénariste d’Anatomie d’une chute, Palme d’or à Cannes en 2023, s’aventure dans les zones floues de l’identité, là où le corps, le désir et la mémoire cessent de coïncider. David Zimmerman, photographe solitaire d’une quarantaine d’années, se réveille un matin dans le corps d’une femme rencontrée lors d’une soirée. À partir de cette idée vertigineuse, Harari construit un film qui refuse les explications. 

Le fantastique s’infiltre dans un Paris contemporain et finit par sembler presque naturel, sans jamais rompre complètement avec le réel. Une étrangeté discrète, d’autant plus troublante qu’elle ne fournit aucune clé pour être résolue.

Un film qui accepte de perdre son spectateur

Son film avance par détours, ellipses et zones d’ombre. On cherche à comprendre qui habite quel corps, où se situe le présent et ce qui appartient au passé. Harari préfère installer un trouble durable plutôt que distribuer des réponses. Le spectateur se retrouve dans la même situation que David : privé de ses repères, contraint d’avancer sans savoir où cette métamorphose le conduira. Une manière audacieuse de faire du fantastique, non pas un spectacle, mais une expérience mentale.

Crédit photo : © bathysphere - To Be Continued - Pathé Films - France 2 Cinéma - Ascent Film - 2632-7197 Québec Inc.

Le corps comme territoire étranger

Au cœur du film se trouve la question de l’identité. Que reste-t-il de nous lorsque notre corps ne nous appartient plus ? Sommes-nous encore la même personne lorsque notre visage, notre voix et notre apparence sont devenus ceux d’un autre ?

David découvre des sensations et des besoins qui ne sont pas les siens. Il doit habiter une enveloppe étrangère tout en cherchant à retrouver celle qu’il considère comme son identité véritable. Le procédé aurait pu donner lieu à une comédie ou à un jeu érotique. Harari choisit la dépossession.

Le film interroge notre rapport instinctif aux apparences : reconnaît-on réellement quelqu’un à son visage ? Et que devient un lien lorsque le corps que l’on connaît n’abrite plus la personne que l’on aime ?

Paris, entre présent et fantômes

Harari filme un Paris loin des cartes postales. Les bâtiments photographiés par David semblent conserver les traces de ce qu’ils ont été.

La photographie devient une manière de retenir ce qui disparaît. David observe les transformations des lieux, compare les époques, tente de saisir dans une image ce que le temps a effacé. Son propre destin semble ainsi se refléter dans ces paysages en mutation.

Le passé n’est jamais vraiment derrière nous. Il affleure dans les murs, les visages, les photographies. Et Harari filme cette contamination du présent avec une mise en scène qui privilégie les glissements plutôt que les effets spectaculaires.

Niels Schneider et Léa Seydoux, deux corps en apesanteur

La réussite du film repose aussi sur ses interprètes. Niels Schneider compose un David presque fantomatique, un homme déjà coupé du monde avant même que le fantastique ne surgisse.

Face à lui, Léa Seydoux est étonnante. Elle doit jouer plusieurs niveaux d’identité : une femme, un corps, puis un corps habité par quelqu’un d’autre.

Harari transforme ainsi le métier de comédien en prolongement de son sujet. Que signifie jouer quelqu’un qui joue à être quelqu’un d’autre ? Où s’arrête l’acteur et où commence le personnage ?

Harari construit un film qui refuse les explications

Regarder, c’est déjà transformer

Harari fait du regard son véritable sujet. David est photographe : il observe les autres, capture des fragments du monde, tente de conserver ce qui lui échappe.

Photographies, reflets, visages et paysages deviennent des seuils. Une image n’est plus seulement une trace du réel : elle semble pouvoir contenir une autre réalité. Harari filme ce trouble par des mouvements de caméra discrets et une attention constante aux surfaces.

Le fantastique naît alors moins d’un événement surnaturel que d’un doute : et si ce que nous pensions connaître n’était qu’une apparence ?

Un vertige qui reste

Il faut accepter de ne pas tout saisir pour entrer pleinement dans L’Inconnue. Il peut sembler cérébral, parfois hermétique, mais cette radicalité fait sa force.

Car derrière le dispositif fantastique, Harari parle de choses très concrètes : le besoin d’aimer, la peur de disparaître, la mémoire, le désir et la difficulté à se reconnaître soi-même. Son film pense avec des corps, des visages et des silences.

À la fin, il ne propose pas de véritable résolution, plutôt une forme d’acceptation. Comme si l’identité n’était pas une chose fixe, mais un endroit mouvant, fragile, constamment traversé par les autres.

L’Inconnue est un film assez déroutant. 

L’Inconnue d’Arthur Harari, en salles depuis le 26 août 2026

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