Avec son dernier ouvrage, Iegor Gran souhaite nous rappeler combien nos souvenirs de classe, bons comme mauvais, sont précieux. Dans cette mi-chronique, mi-autobiographie de ses années lycée, l'écrivain prouve à chaque phrase l’étendue de son talent littéraire.
L’auteur franco-russe poursuit son inlassable quête de l’absurde littéraire. Fidèle retour aux années 80, l’écrivain nous plonge dans notre adolescence (ou celle de nos parents). Avec une plume acérée et instinctive, Iegor retrace l’invention d’un jeu absurde : celui de déceler, dans les gestes de ses professeurs, les traces d'une emprise psionique venue de la planète Zugul. Entre chasse fantaisiste et récit à taille humaine, la bande d’amis révèle la fragilité du monde adulte grâce à un dispositif narratif solide. Une manière de résister à l’ennui, à la pression scolaire, mais aussi d’explorer le désir et les vertiges de la séduction. Si l’entrée du livre peut paraître contre-intuitive, au fil des pages, l’auteur vous embarque avec certitude dans la réminiscence de son adolescence chérie.
Sur fond de conflits mondiaux et d’idéologie bolchévique, nous suivons le jeune Iegor sous son patronyme Siniavski. Dans le livre, il est autant question de la découverte de soi que de l’enfer des autres dans un espace aussi hermétique que celui du lycée. « Ô lycée, tu ne nous manques guère », pourrait-on penser à haute voix tout en lisant. La fugace flânerie zugulienne permet au moins à ces jeunes écrivains en herbe d’interroger les frontières du réel et de la fiction. Les professeurs et autres figures d'autorité y apparaissent alors comme des énigmes hilarantes qui les sauvent inespérément de leur médiocrité. Mais c’est avant tout un portrait de son époque et de sa culture foisonnante que Iegor dépeint. Avec la vie comme terrain de jeu et une curiosité intellectuelle débordante, cette bande de copains finit par nous éblouir autant par sa franche camaraderie que par son unicité sans pareille.
Avec une prose percutante et un ton potache, Iegor Gran relève le défi de nous transporter dans des contrées aujourd'hui lointaines ou depuis toujours inconnues. Humour, fraternité et nostalgie s'y entremêlent, laissant transparaître une immuable odeur de craie, restée on ne sait comment au creux de nos poumons.
Les Explorateurs, Iegor Gran, aux éditions POL, 20€ I Pol-éditeur.com
Texte de Candice Tupin