La maison d’édition Le Tripode publie généralement des livres de littérature, essais… Elle se définit comme maison de littérature, d’Art et d’ovnis. Les œuvres de Charlotte Monsarrat font partie de ses ovnis. Uniques, elles font réagir et étonnent, détonnent. Mêlant des univers dystopiques et imaginaires qui se fondent tristement dans la réalité, l’autrice remet en question les maux les plus profonds des espèces et des industries. Avec une forte attache aux problématiques écologiques, elle signe un deuxième roman qui s’imprègne de forêt, de champ et de prairies.
Sève est née dans une entité autoritaire de la forêt, le Roncier, elle grandit avec sa sœur Duramen dans un monde de femmes qui ne peuvent qu’enfanter. Les Mères élèvent leurs filles pour qu’elles deviennent Mère à leur tour, on ne sait pas ce que deviennent les garçons. Un jour, les sœurs tentent de s’échapper mais Duramen est retenue par le Roncier et Sève se retrouve seule. À travers ses rencontres, elle garde le cap de libérer sa sœur.
Un monde imaginaire imprégné de nature
Le Livre de Sève est inspiré de la forêt qui entoure la maison de l’autrice, dans la Creuse. Du constat que la nature fait partie intégrale de sa vie et qu’elle doit coopérer avec elle, elle tire cette même conséquence dans son écrit. Dans un monde qui nous plonge dans un Princesse Mononoké français, Sève ne fait littéralement qu’une avec la nature et les arbres. Fille-écorce, les épines qui couvrent sa peau sont comme le reflet d’une nature qui nous habite tous et qui prend son pouvoir quoi qu’il arrive. Sève est comme la nature. Elle vient comme elle est et ne demande pas à être acceptée. Elle vit, c’est tout. Dans son périple pour sauver sa sœur, elle se façonne grâce à ses rencontres mais ne change pas d’objectif.
Dans son aventure, elle fait la rencontre d’autres humains, qui ne comprennent pas sa langue ou ses coutumes. Monsarrat créé une dynamique de conflit entre une civilisation naissante et une nature solide qui reste seule. Avec un léger clin d’œil pour les histoires de conflit écologique (comme Avatar), l’autrice évoque l’Homme inconscient et ignorant qui se pense supérieur aux écosystèmes qui l’entoure. Le Livre de Sèvedémontre une partie de notre humanité, la nature, qui se bat contre une autre partie nouvelle, l’industrialisation. Que choisir entre les deux, quand elles sont autant vitales l’une que l’autre dans notre société ?
Humanité, sororité, écoféminisme : une ligne éditoriale subtile passée au peigne fin
Outre un marqueur écologique accentué, l’autrice s’intéresse à une autre partie de nous. Dans sa quête de réponses pour retrouver Duramen, Sève rencontre plusieurs individus venus d’horizons différents. Surtout, elle rencontre des hommes. Comme une prévention contre un sexisme dont l’héroïne n’a pas conscience, l’autrice créée des personnages masculins qui craignent le pouvoir de Sève. Elle s’apparente à une Circé d’un autre temps, elle effraie les hommes et les dérangent.
Sève ne perds jamais de vue son objectif : elle ne recule devant rien pour Duramen, le véritable Amour de sa vie. Page après page, le livre traverse les idéologies et les principes. D’abord un conte écologique, ensuite une apologie de la solidarité entre humains, puis une oppression misogyne en passant par un récit profondément gondolé par de l’écoféminisme. C’est certain, Charlotte Monsarrat épate. Le Livre de Sèverésonne d’une densité sans pareil, traversée par des émotions vives et un désir de liberté qui nous tient en haleine.

