Publié le 15 juin 2021
La Comédie de Genève
Crédit photo : © Comédie de Genève / @ Niels Ackermann

La Comédie de Genève

Dans la cour des grands

Focus

En s’installant aux Eaux Vives, la Comédie de Genève ouvre un nouveau chapitre de son histoire séculaire. Zoom sur une renaissance avec Natacha Koutchoumov et Denis Maillefer, codirecteurs du théâtre. 

Quelle empreinte veut marquer votre binôme depuis sa nomination à la tête du théâtre ? 

NK : Sans que cela soit une obsession, on essaie toujours de mettre son empreinte sur un projet. Le processus de sélection jusqu’à la nomination de notre binôme en 2017 a été long. Au terme d’une année de candidature, c’est le choix d’une esthétique, d’une couleur de programmation qui a été fait. Avec Denis, nous aimons un théâtre d’aujourd’hui et cherchons des artistes dont la manière de raconter des histoires ne soit pas simplement de la littérature portée sur scène. Nous cherchons des regards singuliers et sommes très sensibles à ce que le jeu des acteurs se place au cœur des propositions. Nous sommes en quête de spectacles généreux et accessibles.

Crédit photo : © Comédie de Genève / @ Niels Ackermann

C’est-à-dire ?  

NK : Nous avons à la fois des créateurs à la renommée mondiale qui ont conçu leurs spectacles de toutes pièces à Genève avec un mélange d’artistes suisses et internationaux. La Comédie veut aussi offrir de la magie nouvelle pour que les gens puissent venir avec leurs enfants, que le théâtre ne soit pas une impressionnante tour d’ivoire. Il nous importe énormément de proposer des spectacles qui permettent de vivre des expériences pour toutes et tous. Un bel exemple est la production de l’immense artiste brésilienne Christiane Jatahy. Son adaptation du film Dogville de Lars von Trier est une histoire navigant entre théâtre et cinéma et que l’on suit comme un thriller. Cette création de la Comédie de Genève ouvre le Festival d’Avignon et ce n’est pas rien. Elle va rayonner partout avec notre marque de fabrique et nous en sommes très fiers. 

Quels changements vont s’opérer avec l’installation de la Comédie de Genève aux Eaux vives ? 

NK : Nous emménageons dans un nouveau bâtiment imaginé depuis trente ans par des artistes et ouvrons réellement au mois d’août. Sur place, se trouve une fabrique de théâtre intégrale in situ, en centre-ville, ce qui est assez rare pour être mentionné. Nous possédons un atelier de décor, de construction, de peinture, de costumes, des salles de répétition, un restaurant, deux salles de spectacle, un bar, des bureaux. Tout ce qui constitue un lieu de création et de représentation est réuni au même endroit, ce qui nous apporte la possibilité de travailler sur la même échelle que la plupart des théâtres européens et de pouvoir collaborer avec eux. 

Évoquez-nous une belle production répétée actuellement à la Comédie…

NK : Nous pouvons citer la jeune compagnie Kokodyniack, un binôme garçon-fille qui travaille sur un sujet quasi historique en Suisse. Dans les années 50 à 80, de nombreux enfants - pour la plupart issus de familles en difficultés - étaient retirés puis placés chez des paysans, souvent en haute montagne, où ils se sont souvent retrouvés dans des situations d’abus. Le thème semble glauque mais cette compagnie en a fait un joli projet après avoir rencontré deux personnes âgées qui, enfants à l’époque de ce scandale, ont vécu ce drame. Kokodyniack les a interviewées et a ensuite minutieusement retranscrit l’échange à la respiration près. Sur scène, quatre comédiens se réapproprient cette interview et font une partition ciselée et très poétique de cette parole, avec un rythme au cordeau. Intitulé Mon petit pays, ce spectacle saisissant, entre théâtre et documentaire, sera visible en octobre.  

Il nous importe énormément de proposer des spectacles qui permettent de vivre des expériences.

Une tête d’affiche à ne pas manquer ? 

DM : parmi les belles performances d’actrices figure celle d’Isabelle Huppert qui jouera avec Tiago Rodrigues dans La Cerisaie de Tchekhov. Mais également Adèle Haenel que l’on pourra voir dans le spectacle intitulé L’Étang.  

Natacha, parlez-nous de vos deux créations : Summer Break et Après Hamlet…

Ces deux spectacles peuvent se voir l’un après l’autre ou séparément. J’aime tisser un lien entre le cinéma de genre et Shakespeare. Je m’amuse à tirer les fils de ses pièces en gardant certaines trames et une partie du texte quasi tel quel. Comme Shakespeare se plaît à parler de théâtre dans le théâtre, je traite du processus de création tout en racontant l’histoire de la pièce. Concrètement, Summer Break est une audition pour Le Songe d’une nuit d’été : je prends la trame des comédiens en utilisant un langage un peu courant et parallèlement, Le Songe d’une nuit d’été va s’emparer des acteurs en train d’auditionner. Après Hamlet se déroule à la fin de l’histoire : quand le spectacle est terminé, commence une rencontre entre l’équipe de la pièce et le public. Lors de cet échange, le metteur en scène se met à parler aux spectateurs et là, on ne sait pas si on se trouve dans Hamlet ou dans le spectacle. Comme si les fantômes de la pièce hantaient toujours le plateau…

Comment vous sentez-vous à quelques mois de l’ouverture officielle en août ? 

DM : On se sent très bien et dans l’espoir de pouvoir ouvrir de manière optimale, afin qu’un maximum de personnes puissent profiter de ces plateaux dingues, préparés dans des conditions magnifiques. On aimerait que le « stop and go » s’arrête. Aujourd’hui, nous sommes animés par l’envie, le rêve de faire quelque chose qui touche le public. Ce sont des plaisirs simples.

Propos recueillis par Nathalie Truche 

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