Présenté hors compétition au Festival de Cannes, Karma marque le retour du réalisateur au genre qui lui avait valu le César pour Ne le dis à personne, vingt ans plus tôt. Au centre du récit : Marion Cotillard, un enfant disparu et une communauté religieuse dont les apparences paisibles dissimulent une mécanique autrement plus inquiétante.
Fuir ne suffit pas
Au départ, Jeanne semble avoir réussi à tourner la page. Installée dans un village du nord de l’Espagne avec Daniel, elle mène une vie discrète, loin d’un passé qu’elle garde enfoui. Jusqu’au jour où Mateo, son filleul de six ans, disparaît. Très vite, les soupçons se portent sur elle. Jeanne prend alors la fuite et retourne en France, dans la communauté chrétienne fermée où elle a grandi et qu’elle avait quittée des années auparavant. À sa tête, Marc, interprété par Denis Ménochet, figure d’autorité à la fois charismatique et menaçante. Daniel, qui refuse de croire à sa culpabilité, part à sa recherche.
Le scénario avance sur deux lignes : celle de l'enquête, qui cherche à comprendre ce qui est arrivé à l'enfant, et celle, plus intime, d'une femme contrainte de retourner là où tout a commencé. Car chez Jeanne, le passé n'est pas vraiment passé.
La croyance comme pouvoir
Pour son neuvième film commun avec Marion Cotillard, Guillaume Canet choisit cette fois de lui confier le premier rôle. Et pas n'importe lequel : une femme marquée par l'emprise, traversée par la peur, mais décidée à reprendre la main sur sa propre histoire. L'actrice porte une grande partie du film, quasi seule. Son personnage se dévoile moins par les dialogues que par les silences, les réactions physiques, les regards. Face à elle, Denis Ménochet campe un Marc inquiétant sans avoir besoin d'en faire trop. Le personnage ne repose pas uniquement sur la menace physique. Il est surtout question de pouvoir, d'ascendant, de croyance et de manipulation.
Le réalisateur s'intéresse ainsi moins à une secte spectaculaire qu'à la manière dont un groupe peut fabriquer ses propres règles et enfermer progressivement ceux qui y vivent. Derrière une organisation apparemment structurée se dessinent des rapports de domination, des secrets et une violence qui ne se montre pas toujours frontalement.
Cette dimension donne au film une résonance particulière. Karma parle de croyance, mais surtout de ce qui arrive lorsque la croyance devient un instrument de pouvoir.
Une partie de la violence passe par le hors-champ, les silences et les conséquences plutôt que par sa représentation directe. Le spectateur est souvent placé dans la position de celui qui comprend après coup. Cette approche permet au film de rester à la frontière entre thriller psychologique, drame familial et récit sur l'emprise.
Une femme face à son histoire
Après Les Petits Mouchoirs, Rock'n'Roll ou encore Astérix et Obélix : L'Empire du Milieu, Guillaume Canet revient à une veine beaucoup plus sombre. Karma constitue même un virage radical par rapport à sa dernière réalisation.
Le réalisateur retrouve ici les codes du thriller, mais avec une ambition plus intime : raconter une femme confrontée à ce qu'elle a fui et à la nécessité de reprendre possession de son histoire. Le film ne se contente donc pas de chercher le suspense. Il interroge aussi ce que deviennent les individus lorsqu'ils ont grandi dans un système dont ils ont appris les règles avant même d'être capables de les remettre en question.
Le résultat divise déjà : certaines critiques saluent la puissance du duo Cotillard-Ménochet et la noirceur du récit, tandis que d'autres pointent une intrigue parfois trop étirée ou des ressorts de thriller plus classiques.
Une chose, en revanche, semble faire consensus : Karma marque un retour assumé de Guillaume Canet vers le cinéma à suspense et offre à Marion Cotillard un personnage particulièrement dense.
Un film où le véritable danger n'est peut-être pas de fuir son passé, mais de devoir y retourner pour enfin s'en libérer.

