Publié le 29 août 2026
Interview de Miki :  l’une des figures les plus intrigantes de la nouvelle scène francophone
Crédit photo : © Julien Lienard
Interview

Interview de Miki : l’une des figures les plus intrigantes de la nouvelle scène francophone

« J’aime quand une chanson donne envie de danser… et de pleurer juste après »
Musique
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Interview

Entre hyperpop émotionnelle, esthétique DIY et journal intime sous autotune, Miki s’est imposée en quelques mois comme l’une des figures les plus intrigantes de la nouvelle scène francophone. À 27 ans, l’artiste franco-coréenne compose des morceaux où les beats électroniques côtoient les aveux à vif, où les refrains club deviennent des espaces de vulnérabilité assumée. Après le succès remarqué de son album Industry Plant et une tournée à guichets fermés, elle poursuit une trajectoire à contre-courant, instinctive et profondément générationnelle. Rencontre avec une artiste qui transforme le chaos émotionnel en matière sonore. 

Ta musique ressemble souvent à un journal intime mis en musique. Composer reste-t-il une manière de comprendre ce que tu ressens ?

Oui, complètement. Il y a quelque chose de très spontané dans ma manière d’écrire. Souvent, je compose avant même d’avoir vraiment compris ce que je traverse. C’est presque une manière de traduire des sensations ou des émotions qui sont encore floues. La chanson arrive avant les réponses.

Tes morceaux mélangent constamment douceur et tension. Pourquoi aimes-tu autant jouer avec
ces contrastes ?

Parce que les deux ressortent mieux ensemble. La douceur devient plus fragile quand elle est confrontée à quelque chose de plus brutal, et inversement. J’aime cette idée qu’une chanson puisse donner envie de danser… puis de pleurer juste après. C’est souvent comme ça qu’on vit les émotions aujourd’hui.

Ton univers semble très cinématographique. Les images influencent-elles ta manière de produire
tes chansons ?

Oui, énormément. Une production musicale, pour moi, c’est presque un décor. J’essaie de créer une atmosphère, un monde dans lequel on peut entrer immédiatement. Je pense beaucoup en images quand je fais de la musique.

Ton succès très rapide a parfois suscité des réactions dures en ligne. Avec le recul, comment vis-tu
ce regard extérieur ?

Au début, ce n’était pas facile du tout. Tout est allé très vite et je n’avais pas forcément la capacité de réaliser ce qui m’arrivait. Aujourd’hui, j’essaie de reprendre possession de mon propre récit. Je comprends mieux ce qui m’appartient… et ce qui appartient au bruit extérieur.

Aujourd’hui, la vulnérabilité peut devenir une force artistique

En intitulant ton album Industry Plant, avais-tu envie de reprendre le contrôle autour de ton image ?

Oui, clairement. Je trouvais intéressant de récupérer cette expression et de jouer avec. Les gens projettent énormément de fantasmes très vite aujourd’hui. C’était une manière de reprendre la narration avant qu’on l’écrive à ma place.

Ton projet live a beaucoup évolué ces derniers mois. Qu’as-tu envie de transmettre sur scène aujourd’hui ?

J’ai envie de créer un espace où les gens osent être vulnérables. Beaucoup de personnes cachent certaines émotions au quotidien. Sur scène, j’aime l’idée qu’on puisse se reconnaître dans quelque chose, presque comme dans un miroir collectif. La musique électronique permet aussi ça : lâcher prise physiquement, être dans quelque chose de très direct.

Tu passes du français au coréen ou à l’anglais dans tes morceaux. Chaque langue provoque-t-elle une émotion différente ?

Oui. Ça dépend vraiment des morceaux. Le coréen arrive souvent en premier, très instinctivement, porté par la mélodie : c’est souvent une question de topline, quelque chose de presque phonétique, guidé par le son avant le sens. Ensuite, les langues s’organisent autour de cette base.

Ta musique parle beaucoup de fragilité, de doutes et de relations humaines complexes. Est-ce une manière d’assumer une hypersensibilité ?

Oui, sûrement. Aujourd’hui, je crois que la vulnérabilité peut devenir une force artistique. Ce qui me touche le plus dans la musique. Mes textes parlent de moi, à 99 %, je dirais.

Tes chansons abordent parfois des sujets très intimes. La pop est-elle selon toi un bon espace pour parler
de fragilité ?

Complètement. La pop peut accueillir des choses très profondes. J’ai l’impression d’écrire parfois comme on crie quelque chose qu’on gardait depuis longtemps. Beaucoup de mes textes viennent directement de carnets, de notes très personnelles. Si ça touche les gens, c’est probablement parce que ça reste très honnête.

Mes textes parlent de moi, à 99 %

Ton esthétique mélange culture pop, électro, club et références très personnelles. Quelles sont aujourd’hui tes principales inspirations ?

J’aime autant les artistes très émotionnels que les musiques de club plus radicales. Je suis inspirée par le cinéma, la mode, internet, les gens que je croise… J’essaie surtout de rester curieuse.

Le public semble très attaché à ta sincérité. Ressens-tu une responsabilité vis-à-vis de cette génération qui se reconnaît dans tes textes ?

J’essaie de ne pas trop y penser. Je ne veux pas devenir une sorte de personnage ou de symbole figé. Si certaines personnes se reconnaissent dans mes chansons, c’est évidemment très touchant, mais j’essaie juste de ne pas trop y penser.

Malgré cette ascension fulgurante, qu’est-ce qui continue à te surprendre aujourd’hui ?

Le fait que tout puisse aller aussi vite. J’ai encore l’impression d’être au début de ma recherche musicale. C’est hyper excitant.

Que peut-on attendre de la suite pour Miki ?

Encore plus d’expérimentations, je pense. J’ai envie de continuer à explorer sans trop me fixer de limites.

Crédit photo : © Julien Lienard

Si tu étais une émotion sur scène ?

Le courage.

Si tu étais une chanson honteuse que tu connais
par cœur ?

Flic de nuit, d’Eddy Mitchell … (rires)

Que dirait la Miki de 16 ans à celle d’aujourd’hui ?

« Va au bout des choses. Réfléchis moins. »

Si tu étais une heure de la journée ?

19 heures. J’aime ce moment de transition entre le jour et la nuit. On sent que quelque chose peut commencer. Il se passe souvent des choses magiques à cette heure là.

Si tu étais une phrase qu’on t’a dite et que tu n’as jamais oublié ?

« Tu vois la vie en Technicolor. » je trouve que c’est assez vrai, je crois que je vis un peu comme dans un film !

Propos recueillis par Carole Cailloux

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