Un festival où l’on vient voir du théâtre, écouter de la musique, rire, danser, discuter… et parfois bousculer quelques certitudes au passage. Du 11 au 28 novembre, le Théâtre de la Croix-Rousse célèbre les voix féministes et queer avec Festiv·iel, une programmation foisonnante.
Ici, le féminisme est un sujet sérieux, mais il se raconte de mille façons. À la Croix-Rousse, on en parle sur scène, on en discute autour d’un verre, on le chante, on le danse et on lance des débats, avec l’envie de croiser les points de vue et les formes. Un festival peut aussi ouvrir la discussion grâce à l’art, à l’humour et au spectacle vivant. Pour sa sixième édition, Festiv·iel mélange les formats et les publics : spectacles, concerts, cabarets, rencontres, ateliers, jeux, karaoké, podcast, BD… Un joyeux bazar pour réfléchir sans donner de leçon. Parmi les nombreux rendez-vous, voici un focus sur deux spectacles : Magistral·e·s et Un tiro cada uno, deux façons bien différentes de faire bouger les lignes.
Magistral·e·s : lâcher les chevaux
Avec Magistral·e·s, Alexandra Cismondi ne semble pas avoir choisi la voie la plus tranquille. Sur scène, ça déborde, ça dérape, ça joue avec les codes et les conventions. Le spectacle s'intéresse notamment à la place des femmes et aux rapports de pouvoir, mais refuse visiblement de transformer ces questions en démonstration bien rangée. Et c’est justement ce qui intrigue : peut-on parler de féminisme en faisant rire, en créant du désordre et en laissant une place au doute ? Les 19 et 20 novembre, Magistral·e·s promet une réponse plutôt explosive.
Un tiro cada uno : quand le jeu ne fait plus rire
Quelques jours plus tard, changement de décor. Avec Un tiro cada uno, les Argentines Laura Sbdar et Consuelo Iturraspe s’attaquent aux mécanismes de la violence masculine à travers une situation qui commence presque comme une mauvaise blague entre copains. Trois joueurs de basket, une jeune femme, des plaisanteries qui s’enchaînent… puis quelque chose se fissure. Le spectacle glisse progressivement vers une réflexion beaucoup plus sombre sur la domination et les violences faites aux femmes. Particularité troublante : les personnages masculins sont interprétés par des femmes. Une manière de déplacer les rôles pour mieux nous faire regarder ce qui se joue sous nos yeux.
Présenté en espagnol surtitré les 26 et 27 novembre, Un tiro cada uno ne cherche pas forcément à apporter des réponses. Il pose plutôt une question inconfortable : à quel moment une plaisanterie, un rapport de force ou un comportement banal bascule-t-il en quelque chose de bien plus grave ? Deux spectacles, deux univers, deux façons de déplacer les lignes. Et c’est peut-être ce qui fait le sel de Festiv·iel : ne pas enfermer le féminisme dans un discours unique, mais laisser les artistes s’en emparer avec leurs propres armes : l’humour, la colère, le corps, la musique, le théâtre, ou simplement la possibilité de ne pas être d’accord.
Pendant 18 jours, la Croix-Rousse devient un lieu où l’on peut venir pour un spectacle et repartir avec une question en tête. Ou l’inverse : arriver avec une conviction et la voir bouger un peu. Vous l’aurez compris, Festiv·iel préfère ouvrir les conversations plutôt que de les refermer.

