Tout commence par un rituel funéraire. La dispersion des cendres d’une mère, un moment de silence et de recueillement. C’est là que Louise retrouve Carole, une tante perdue de vue depuis l’enfance. Deux femmes, un lien familial fragile, et l’évidence immédiate d’une complicité retrouvée. Trop évidente, peut-être.
Avec Family Dream, texte de Valérie Poirier mis en scène par Yvan Rihs, le Théâtre Le Crève-Cœur accueille une pièce à l’architecture aussi précise qu’inquiétante. Ce qui s’annonce comme une simple histoire de retrouvailles glisse progressivement vers un terrain plus instable : celui du doute, de l’identité et de la manipulation des affects.
Écrit sur commande par l’une des grandes voix du théâtre suisse contemporain — Prix suisse de théâtre 2017 — Family Dream s’inspire d’un fait divers. Un point de départ réaliste, presque banal, que l’autrice transforme en une véritable mécanique de suspense. Qui est qui ? Qui dit vrai ? Et surtout : que choisit-on de croire quand le besoin de lien devient plus fort que la lucidité ?
Sur scène, tout repose sur ce que le spectateur a sous les yeux : deux femmes, supposément de la même famille, qui apprennent à se connaître — ou à se reconnaître. Autour d’elles gravite un troisième personnage masculin, plus en retrait, témoin discret mais essentiel. Sa présence, périphérique en apparence, agit comme un révélateur : elle déplace les équilibres, introduit un regard extérieur et participe, en creux, à la tension dramaturgique.
Les dialogues, faussement anodins, laissent peu à peu affleurer des dissonances. Un détail qui cloche, une phrase de trop, une attitude qui dérape. L’enquête est lancée, mais elle se joue à huis clos, dans l’intime, sans jamais verser dans l’explicatif.
Instigatrices du projet, les comédiennes Camille Figuereo et Marie Druc s’associent pour la première fois. Habituées du Crève-Cœur, elles livrent ici un duo tendu, tout en nuances, où l’émotion flirte avec le malaise. Leur jeu, précis et retenu, nourrit un polar psychologique dont le rire — parfois — laisse un goût étrange.
Family Dream interroge ce que l’on projette sur l’autre, ce que l’on accepte de taire, et la part de fiction que chacun entretient dans ses relations les plus proches. Une pièce où les identités se dévoilent par couches successives, jusqu’à une réponse finale que l’on attend autant qu’on la redoute.
Un face-à-face haletant, à découvrir comme on ouvrirait un dossier sensible : avec attention, et sans certitude d’en sortir indemne…


