Publié le 29 janvier 2026
CHRISTOPHE POMEZ : DIRECTEUR DES THÉÂTRES DE GASCOGNE

CHRISTOPHE POMEZ : DIRECTEUR DES THÉÂTRES DE GASCOGNE

Les Théâtres de Gascogne, c’est un potentiel de 20 000 spectateurs, près de 115 levers de rideaux par an, deux scènes à Mont-de-Marsan et une à Saint- Pierre-du-Mont.
Spectacle
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Théâtre, Spectacle vivant, Focus

Les Théâtres de Gascogne, c’est un potentiel de 20 000 spectateurs, près de 115 levers de rideaux par an, deux scènes à Mont-de-Marsan : le Péglé, 200 places, et le Molière, petit théâtre à l’italienne qui fêtera bientôt ses 200 ans ; et une scène à Saint- Pierre-du-Mon t: le Pôle, 580 places et bientôt 20 ans. Mais ce sont surtout des artistes, des compagnies de théâtre et de danse, des cabarets, de la chanson, des cafés philo qu’il faut soutenir, un public à accompagner et des liens à cultiver. Pour Christophe Pomez, nommé directeur en mars 2024, l’objectif premier était le renouvellement de l'appellation « Scène conventionnée d’interêt national », mention « Art en Territoire ». Mission accomplie.

Le théâtre, c’est votre rêve depuis toujours?

J’ai toujours voulu être dans le secteur du spectacle vivant. Je suis un pur produit des ateliers de théâtre au collège. Ensuite j'ai intégré un conservatoire national de région, en art dramatique. Mais, dans ma famille, l'idée de vivre du théâtre n'était pas envisageable. Donc, oui, c'est un rêve de gosse que de diriger un théâtre dans un système éducatif où l'on pense que l'on ne peut pas travailler avec ses passions.

L’enfance semble tenir une place importante dans vos projets...

Sans ces rencontres avec des artistes qui venaient en classe, sans ces enseignants éclairés transmettant leur passion, je n’en serais peut-être pas là aujourd’hui. Nous sommes préoccupés par le problème de la santé culturelle chez les petits qui reçoivent des contenus, des images et des sons, sans aucun contrôle. Il y a une mal-nutrition  culturelle. Le numérique ne développe pas les mêmes parties du cerveau que les belles histoires. Alors nous travaillons par exemple à développer des résidences d’artistes en crèche.

NOTRE SIGNATURE DE SAISON C’EST LE POUVOIR DE LA JOIE, CELLE QUI FÉDÈRE

Vous avez travaillé plus de 20 ans à l'étranger et en Outre-mer, aux affaires culturelles, que retient-on de ces expériences ?

C’est humainement très fort de travailler dans un autre contexte culturel, comme en Roumanie, une société post-dictature, ou au Maroc, aux Antilles, à la Réunion. On y fait des rencontres incroyables et on réalise, par exemple, l’importance de la francophonie. En Roumanie, un artiste nous a dit que, sous Ceaucescu, le français était son seul espace de liberté. Il pensait, rêvait en français... la culture a un poids dans l’existence même des personnes. En Martinique, nous avons travaillé avec des conteurs dans les veillées funéraires. Cette pratique allait disparaître, il fallait sauver ce patrimoine. C’est la culture qui accompagne toutes les étapes de la vie.

Aujourd’hui à Mont-de-Marsan, comment définir le public des Landes ?

J’ai retrouvé une grande hospitalité et des identités de territoire : la culture taurine, la gastronomie, les pratiques sportives, le sens de la fête. Je me suis laissé infuser par ces beautés et ces richesses. J’arrivais de Martinique où il y a un vieillissement de la population, un défi démographique qui existe ici aussi. La question de la mobilité est importante. Mon souci n’est pas simplement de programmer des spectacles, mais de développer des systèmes de solidarité : par le covoiturage ou avec le dispositif « Météores », on fait de l'irrigation de spectateurs. Fin août, le festival itinérant « Gasc’On Tour » va dans les communes rurales et offre des spectacles dans l’espace public.

Avec ceux que vous appelez les artistes complices ?

Ils nous accompagnent... comme le marionnettiste Johanny Bert et son cabaret itinérant, ou la compagnie « La soeur de Shakespeare », qui nous aide sur le projet : « Avoir 20 ans en 2030 » : On propose d'accompagner des adolescents vers l'âge adulte en se demandant quels genres de citoyens ils seront, quelles seront leurs pratiques et leurs identités culturelles. Nous emmenons nos jeunes ouvreurs bénévoles sur un festival, pour leur proposer, en rencontrant des artistes, en repérant des spectacles, de participer à la vie culturelle.

Quelle forme de soutien apportez-vous à la création ?

« Le Théâtre en fabrique » accueille des artistes en résidence pour créer, répéter, capter leur spectacle. On met à leur disposition les Théâtres de Gascogne : salles, plateaux, techniciens... Neuf équipes artistiques sont venues cette année. Et puis nous accompagnons certaines villes dans la structuration de leur programmation. Dans une très belle collaboration avec la ville de Saint-Sever, on choisit des spectacles, et une médiatrice culturelle et des techniciens peuvent venir se former à nos côtés. La ville veut rénover un ancien couvent pour en faire une salle de spectacle, nous les accompagnons avec notre expertise.

C’EST LA CULTURE QUI ACCOMPAGNE TOUTES LES ÉTAPES DE LA VIE

Un spectacle auquel vous tenez particulièrement cette année ?

« De Lumière » avec le comédien David Ayala. Comme le personnage, né a Arles, son père était banderillero, il assiste à une corrida à l’âge de 8 ans. Un spectacle très personnel sur le sud qui l’a nourri mais qui en même temps l’a fait fuir. Que garde-t-on de son enfance ? Pourquoi on part ? A la mort de son père, Ayala revient dans ce sud, vers ses racines... Un coup de coeur. Drôle et puissant.

Vous citez souvent Jean Vilar, est-il votre modèle ?

C’est la question de l’éducation populaire. Je suis issu de cette lignée de conseillers, qui, après-guerre, ont développé la culture pour émanciper la jeunesse, une culture qui touche tout le monde et qui rassemble. Notre signature de saison c’est le pouvoir de la joie, celle qui fédère, une idée reprise à Thomas Joly.

Propos recueillis par Elsa Chapon

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