Avec son nouvel album Elegant People, Biréli Lagrène signe un retour lumineux, où la virtuosité laisse davantage de place à la respiration et à la maturité. Avant d'ouvrir la nouvelle saison culturelle de Lescar, le guitariste revient sur plus de quarante ans de carrière, son goût intact pour l'exploration et son regard sur les nouvelles générations. Rencontre avec l'un des plus grands musiciens de jazz français.
Vous ouvrirez la saison culturelle de Lescar en octobre. Est-ce que cela a une signification particulière pour vous ?
C'est toujours un plaisir d'ouvrir une saison. C'est un peu comme donner le premier accord d'une histoire qui va se dérouler pendant plusieurs mois. On sent qu'il y a une attente, une énergie particulière. C'est un beau moment de partage.
Vous êtes sur scène depuis l'enfance. Plus de quarante ans de carrière… Qu'est-ce qui vous procure encore le plus d'émotion ?
Le fait que la musique continue d'évoluer. Rien n'est jamais figé. Chaque concert est différent, chaque musicien apporte quelque chose de nouveau. On continue à apprendre, à découvrir, à chercher. C'est ce qui rend cette aventure passionnante.
Votre nouvel album, Elegant People, semble plus apaisé, plus aérien. On y ressent davantage de nuances. Est-ce le Biréli Lagrène d'aujourd'hui ?
Oui, forcément. Avec le temps, on avance, on gagne un peu en recul. Peut-être en sagesse aussi. Cela ne veut pas dire qu'on perd la passion ou l'énergie, mais on les exprime différemment. La musique devient plus naturelle, plus libre.
Le titre de l'album est une relecture du célèbre morceau de Weather Report. Pourquoi cette composition vous accompagne-t-elle encore aujourd'hui ?
Parce que c'est une œuvre magnifique, écrite par Wayne Shorter. C'est une musique qui traverse les générations et qui continue de nous inspirer. J'avais envie de lui rendre hommage tout en y apportant ma propre sensibilité.
Vous avez joué avec des légendes comme Jaco Pastorius, Richard Galliano, George Benson ou encore Al Di Meola. Que vous ont apporté toutes ces rencontres ?
Énormément. J'ai eu la chance de jouer avec des musiciens extraordinaires. Chacun possède son univers, sa façon d'écouter, de dialoguer. On apprend énormément au contact de ces artistes. Ce sont des souvenirs précieux et une source d'inspiration permanente.
Vous naviguez avec une étonnante facilité entre le jazz, la fusion, le blues ou encore les musiques brésiliennes. Avez-vous toujours besoin d'explorer ?
Oui, parce que la curiosité fait partie de la musique. Mon langage reste avant tout le jazz, mais j'aime aller chercher des couleurs ailleurs. Toutes les influences enrichissent le jeu et nourrissent l'improvisation. C'est ce qui maintient la musique vivante.
Vous jouez depuis longtemps avec votre quartet et Jean-Yves Jung. Qu'aimez-vous dans cette formule ?
Le quartet offre beaucoup d'espace. Chacun peut s'exprimer, écouter les autres, construire quelque chose ensemble. J'aime cette liberté et j’avoue que je me repose un peu sur le pianiste. L'improvisation devient une véritable conversation où chacun apporte sa voix.
Le jazz reste parfois considéré comme une musique confidentielle. Quel regard portez-vous sur son évolution ?
Le contexte change, c'est vrai. Tout va très vite aujourd'hui. Mais heureusement, il existe encore énormément de festivals, de salles et d'organisateurs qui défendent cette musique. Tant qu'il y aura des lieux pour faire vivre le jazz, il continuera d'exister et de se renouveler.
L'essentiel reste l'émotion et le bonheur de faire de la musique
Que pensez-vous de la jeune génération de musiciens ?
Elle a aujourd'hui accès à une quantité incroyable de musique grâce à Internet. C'est une richesse. Je rencontre souvent de jeunes artistes très talentueux, très ouverts. Ils ont envie d'apprendre mais aussi de proposer leur propre vision. C'est très stimulant.
Si un jeune guitariste venait vous demander un seul conseil après un concert, lequel lui donneriez-vous ?
Je lui dirais de rester curieux et de toujours garder le plaisir de jouer. Il ne faut jamais perdre cette fraîcheur. La technique est importante, bien sûr, mais l'essentiel reste l'émotion et le bonheur de faire de la musique.
À 58 ans, Biréli Lagrène conserve cette curiosité insatiable qui fait les grands artistes. Derrière la virtuosité qui l'a rendu célèbre se révèle aujourd'hui un musicien serein, toujours en quête d'émotions nouvelles. Une quête que le public retrouvera à Lescar, lors d'un concert qui promet d'ouvrir la saison sous le signe de l'élégance… et de la liberté.
Propos recueillis par Anne-Sophie Mondaud

