Entre cinéma, transmission et ouverture internationale, Biarritz devient, durant six jours, le lieu où se croisent regards émergents, engagements et nouvelles voix du cinéma contemporain. Né il y a seulement quatre ans, le Biarritz Film Festival – Nouvelles Vagues s’est imposé comme un rendez-vous unique consacré aux récits de la jeunesse. Il a acquis un véritable rayonnement international en révélant des cinéastes et des films ensuite remarqués dans les plus grands festivals. Ici, les jeunes générations ne sont pas seulement représentées à l’écran : elles participent aussi aux jurys, aux échanges et à la réflexion sur le monde de demain. Jérôme Pulis est cofondateur et président du festival.
Comment est née l’idée du festival ?
Le festival est né d’une envie commune : mettre en lumière le regard des nouvelles générations afin qu’il nous éclaire, et leur donner la parole. Pensé pendant le Covid, il répondait aussi à un besoin de se retrouver, de partager des expériences collectives et de découvrir de nouvelles voix. Cette génération crée autrement. Elle intègre très naturellement à son processus créatif des questions sociétales, environnementales ou politiques, tout en s’appropriant de nouveaux outils, de nouveaux langages et de nouveaux codes. Il y a chez elle une grande liberté de forme, mais aussi une vraie exigence de fond. Ce qui me frappe, c’est sa capacité à questionner, déplacer et réinventer constamment les cadres établis, ainsi que sa capacité à mêler l’intime et le collectif, à parler de soi tout en parlant d’une époque. Il m’a semblé essentiel qu’un festival accompagne ce mouvement et lui offre un espace d’expression et de résonance.
Quels moments ont marqué les précédentes éditions ?
La projection de Tatami de Guy Nattiv et Zar Amir Ebrahimi a provoqué une standing ovation mémorable. L’Épreuve du feu d’Aurélien Peyre a révélé l’actrice Anja Verderosa. La venue de Penelope Cruz lors de la première édition reste aussi un moment fort grâce à une masterclass très généreuse.
Que prépare l’édition 2026 ?
Une nouvelle section, « Nouvelles Vagues du monde », verra le jour. Elle comprendra une compétition internationale de courts métrages réservée à des réalisateurs de moins de 35 ans venus du monde entier. Les films seront projetés avant les longs métrages en compétition. Le court métrage est souvent le premier territoire d’expression d’un jeune cinéaste : une forme libre, instinctive, parfois brute, où s’affirme déjà une vision singulière. La section accueillera également un panorama inédit de jeunes réalisateurs primés, réunissant cinq talents internationaux révélés dans de grands festivals. Chacun viendra présenter son film, ou une œuvre de son choix, incarnant le renouveau cinématographique de son pays et les nouvelles écritures qui traversent aujourd’hui le cinéma mondial.
Comment choisissez-vous les membres du jury international, présidé cette année par Kristen Stewart ?
Les membres du jury doivent avoir 35 ans maximum et venir de pays différents. Il est essentiel que les cultures, les sensibilités et les regards se croisent. Nous veillons également à constituer un jury paritaire, afin que cette diversité s’exprime aussi dans les parcours et les représentations. Le ou la président(e) du jury peut naturellement intervenir, mais la décision reste toujours collégiale.
Vous évoquez souvent votre attachement à Biarritz et au Pays basque : qu’est-ce que cette ville a d’unique selon vous ?
J’ai grandi à Biarritz. Le lien qui m’unit au Pays basque est donc d’abord un lien intime, presque organique : celui de l’enfance, des souvenirs, des paysages et des visages qui vous construisent profondément. Même lorsque je suis parti à 18 ans pour poursuivre mes études à Paris, cet attachement n’a jamais disparu. Je suis toujours revenu ici, régulièrement, comme on revient à une source essentielle, à quelque chose de fondateur. Aujourd’hui, j’ai la chance de revivre dans ma ville : Biarritz. Ce festival ne pouvait naître qu’ici. Ce territoire a une identité extrêmement forte, à la fois culturelle, humaine et géographique. Il existe ici une densité particulière : l’océan, les montagnes, la langue, les traditions, le rapport au collectif, la force des éléments… Tout cela forge un caractère, une manière d’être au monde. Et je crois aussi que Biarritz possède quelque chose de très singulier : une énergie qui mêle toutes les générations, une élégance sans rigidité, une intensité portée par l’océan et par une identité qui reste vivante et assumée.
Le festival est né d'une envie commune : mettre en lumière le regard des nouvelles générations afin qu'il nous éclaire.
Vos premiers souvenirs de cinéma depuis ?
Je découvrais les films, enfant, au cinéma Le Royal de Biarritz, aujourd’hui rénové. Parmi mes souvenirs marquants, La Belle et la Bête de Jean Cocteau, que nous reprogrammons cette année dans la section patrimoine.
Des films comme How to Have Sex, Girls Will Be Girls ou Eat the Night ont connu une belle trajectoire après Biarritz. Peut-on parler d’un “effet Nouvelles Vagues” ?
Le festival a vocation à être une caisse de résonance pour les jeunes cinéastes. L’élan qui accompagne ensuite certains films en est une très belle incarnation : comme si leur passage à Biarritz marquait, d’une certaine manière, le début de leur existence publique. Alors, s’il existe un “effet Nouvelles Vagues”, il se situe dans notre capacité à accompagner des œuvres dès leurs premiers pas, à leur offrir un espace de visibilité, de dialogue et de rencontre à un moment décisif de leur parcours. J’en profite aussi pour rendre hommage à Lili Hinstin qui, avec son équipe, a su construire depuis la première édition une programmation audacieuse, exigeante et profondément singulière. Lili nous a quittés en mars dernier, et cette 4e édition lui sera dédiée.

