Publié le 16 octobre 2026
BENJAMIN LÉVY : « VENEZ NOUS VOIR, VOUS N’EN REVIENDREZ PAS ! »
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BENJAMIN LÉVY : « VENEZ NOUS VOIR, VOUS N’EN REVIENDREZ PAS ! »

Nouveau chef d’orchestre et directeur musical d’Iparraldeko Orkestra – Orchestre du Pays Basque, Benjamin Lévy inaugure une nouvelle aventure placée sous le signe de l’ancrage, de l’ouverture et de la curiosité.
Musique
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Nouveau chef d’orchestre et directeur musical d’Iparraldeko Orkestra – Orchestre du Pays Basque, Benjamin Lévy inaugure une nouvelle aventure placée sous le signe de l’ancrage, de l’ouverture et de la curiosité. Pour sa première saison, il imagine une programmation étroitement liée au territoire, à son histoire et à ses diasporas, sans renoncer au grand répertoire universel. Un orchestre vivant, profondément humain, qui entend aussi bousculer les clichés et aller à la rencontre de tous les publics.

Vous prenez officiellement les rênes de l’Orchestre du Pays Basque. Dans quel état d’esprit abordez-vous cette nouvelle aventure ?
Benjamin Lévy : Je suis ravi. Les relations entre un chef et un orchestre ressemblent un peu à celles d’un couple : au début d’une aventure, il y a toujours une part de fascination et de projections mutuelles. On est très ému par l’autre et l’on construit des souvenirs communs qui fondent la relation.
Je suis également très heureux de travailler dans une région aussi dynamique, avec une identité extrêmement forte. Je trouve fascinante cette combinaison assez rare entre une grande fierté autour de la langue et des traditions, et un esprit d’accueil et d’ouverture très présent. L’attachement au territoire n’est ni figé ni folklorique : il est profondément vivant.
Je connaissais déjà l’orchestre puisque j’étais venu le diriger à plusieurs reprises. Ce n’est donc pas tout à fait une rencontre à l’aveugle. Mais, pour poursuivre la comparaison avec le couple, c’est une chose d’être l’amant, c’en est une autre d’être le mari !

Vous dites qu’un orchestre ne doit pas être une institution « hors sol », mais le reflet d’une histoire, d’une géographie et d’une sensibilité collective. Comment cette conviction s’incarne-t-elle dans cette première saison ?
Cela signifie d’abord que l’on ne peut pas proposer une programmation internationale standardisée et interchangeable. J’ai construit cette saison en réfléchissant à l’endroit où l’orchestre se situe et à ce que cela signifie de jouer de la musique ici.
C’est aussi une forme de justice à rendre au territoire. L’orchestre est en grande partie financé par de l’argent public et par les collectivités locales. Il doit donc parler aux personnes qui vivent ici, sans pour autant renoncer aux grandes oeuvres du répertoire international.
Nous allons jouer Beethoven, Mozart ou Schubert, bien sûr, mais également des compositeurs qui ont vécu ici ou qui se sont inspirés de cette culture. Ravel est un compositeur universel, mais il est aussi profondément lié à ce territoire et l’on retrouve de véritables influences basques dans sa musique.

« L’ANCRAGE TERRITORIAL PERMET DE CRÉER DES PASSERELLES AVEC TOUS LES ENDROITS DU MONDE. »

Cette saison est très ancrée au Pays Basque, tout en créant des passerelles avec l’Argentine et l’Amérique latine. Comment trouvez-vous cet équilibre entre identité locale et ouverture sur le monde ?

Le Pays Basque est une terre d’accueil, mais il a également été une terre d’exil. Il existe d’importantes diasporas basques en Argentine, en Amérique du Sud, au Québec ou encore en Californie. Cela me fait penser à l’histoire de l’Irlande, dont une grande partie de la population est partie vivre ailleurs.
On ne peut pas ignorer cette réalité dans une programmation. L’ancrage territorial ne consiste pas à se replier sur soi-même : au contraire, il permet de créer des passerelles avec tous les endroits du monde où cette histoire et cette culture ont voyagé.

Vous souhaitez aussi casser certains codes du concert classique et attirer des personnes qui ne pousseraient pas spontanément la porte d’une salle symphonique. Est-ce aujourd’hui l’un des grands enjeux d’un orchestre ?
Absolument. Lorsque j’étais étudiant au Conservatoire national supérieur de musique de Paris, un ami musicien nous avait fait remarquer que, si nous avions choisi la boulangerie ou la médecine, notre métier concernerait presque toute la population. Nous, nous travaillions énormément, mais pour quelle proportion de la population ?
La musique classique souffre encore d’une image complètement déformée : une musique ennuyeuse, élitiste, destinée aux riches ou aux personnes très cultivées. Comme si les musiciens jouaient tous en perruque ! Il faut faire tomber ces clichés et permettre à chacun de se sentir légitime à pousser la porte d’une salle de concert. La musique classique fait moins partie de la culture générale que la littérature ou les arts visuels. J’aime donc parler au public, lui donner quelques clés, sans jamais être trop long. C’est également l’objectif de la série de concerts La Fabrique de l’orchestre, qui permet de comprendre de l’intérieur comment fonctionne cette grande aventure collective.

La saison s’est ouverte avec Trouble orchestral compulsif, un titre plutôt inattendu pour un concert symphonique. Pourquoi avoir choisi ce programme comme manifeste ?
Je voulais travailler autour de la folie et de ces compositeurs que l’on pourrait qualifier de génies obsessionnels. Beethoven était une personnalité assez singulière, qui mettait ses obsessions sur le devant de la scène sans aucune pudeur. Il pouvait répéter une même cellule musicale durant tout un mouvement, ce qui était extrêmement nouveau dans l’histoire de la musique.
En parallèle, j’ai choisi le Concerto pour violoncelle et orchestre à vent de Friedrich Gulda, une oeuvre qui casse complètement les codes. On y trouve un mouvement qui ressemble à du rock, une chanson populaire autrichienne, une cadence très contemporaine, un pastiche médiéval et, pour terminer, une immense fanfare bavaroise complètement délirante.
C’est un formidable pied de nez. Nous nous moquons un peu de nous-mêmes, mais aussi des clichés liés aux musiciens classiques. Programmer cette oeuvre en ouverture était une manière d’affirmer immédiatement notre état d’esprit. Et le titre Trouble orchestral compulsif, ou « TOC », est venu de là !

Plus de trente concerts sont programmés cette saison sur l’ensemble du territoire. Qu’aimeriez-vous que le public découvre ou redécouvre à travers ces rendez-vous ?
J’aimerais d’abord qu’il découvre un orchestre, son énergie et le son produit par tous ces musiciens réunis. À l’heure où l’on parle beaucoup de l’intelligence artificielle, un orchestre représente exactement l’inverse : une expérience profondément humaine.
Cela est irremplaçable. Le meilleur ordinateur et la meilleure chaîne hi-fi ne pourront jamais reproduire l’expérience physique du son en direct, ni ce qui se joue humainement entre les musiciens et le public.

Que diriez-vous à quelqu’un qui pense encore que l’orchestre symphonique n’est pas fait pour lui ?
Venez nous voir, vous n’en reviendrez pas !

Propos recueillis par Anne-Sophie Mondaud

Iparraldeko Orkestra - Orchestre
du Pays Basque - Saison 2026-2027

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