Après une édition 2025 record, le festival AiRT DE FAMILLE revient avec un acte 5 qui marque un tournant. Même lieu, mais une ambition renouvelée : pousser plus loin l’expérience immersive, renforcer le lien avec le public et affirmer une vision exigeante d’un art accessible. Rencontre avec Gaëlle Viegas, fondatrice d’omart et commissaire du festival.
Le festival revient en 2026 avec une décision forte : ne pas changer de lieu. Pourquoi ce choix ?
En 2026, nous faisons le choix assumé de ne pas changer de lieu, une première dans l’histoire du festival. Ce n’est pas un renoncement, au contraire : c’est une volonté d’aller plus loin. Le Centre d’Échanges de Lyon Perrache, espace complexe et souvent perçu comme froid, devient un terrain d’exploration approfondi, permettant une expérience plus immersive.
De nouveaux espaces sont investis, notamment une extension au niveau 2 avec des œuvres accessibles gratuitement, et des oeuvres visibles sur la place Carnot. L’omarterie XXL, active toute l’année au niveau 4, renforce cette dynamique. Le lieu, désormais identifié, bénéficie en plus d’une situation centrale et accessible.
Perrache est un lieu de passage, parfois décrié. En quoi le fait d’y ancrer le festival change-t-il le regard ?
Perrache est souvent réduit à un simple lieu de transit. En y installant le festival dans la durée, nous en modifions la perception : il devient un espace que l’on explore et que l’on habite. L’enjeu est de révéler le potentiel du lieu sans le transformer artificiellement. La création agit ici comme un révélateur, offrant une autre lecture de cet espace urbain.
La direction artistique évolue avec l’arrivée de Piment Martin et des Têtes Dures. Qu’est-ce que cela change ?
Après le duo Toki, nous poursuivons cette dynamique en réunissant deux univers complémentaires. Leurs scénographies remarquées en 2025 ont naturellement orienté ce choix. Le parcours s’ouvre désormais avec une salle d’embarquement, première immersion signée les Têtes Dures, qui structure l’ensemble du cheminement. On passe d’une juxtaposition d’œuvres à une scénographie globale, plus physique et lisible, sans perdre la diversité artistique.
La thématique des « portes » structure cette édition. Comment s’incarne-t-elle ?
La thématique des portes s’inscrit naturellement dans l’ADN de Perrache, espace de transition. La porte symbolise à la fois séparation et passage, choix et bascule. L’immersion commence lorsque le visiteur franchit ce seuil et s’engage physiquement dans l’expérience. On quitte alors le simple regard pour entrer dans une expérience vécue, enrichie cette année par des scénographies contemplatives et d'autres plus sensorielles.
Le festival repose toujours sur la participation du public. Qu’est-ce qui évolue cette année ?
La participation du public évolue cette année avec une collecte d'objets repensée. Il peut désormais choisir l'artiste qui customisera son objet ! En contrepartie, il doit répondre à une liste d'objets précise établie par l'artiste. Cette nouvelle approche crée un lien plus direct entre les artistes et les visiteurs.
La programmation s’élargit également… Ateliers, rencontres, temps festifs ?
Les ateliers et temps de présence des artistes sont centraux : ils rendent visible le processus créatif et instaurent un dialogue direct. On passe d’une relation distante à une expérience plus humaine et accessible. La programmation se diversifie avec des formats variés : skateboard, design, scènes ouvertes, flashcustom, nocturnes ou activités enfants. Une proposition inclusive, pensée pour tous les publics.
Vous lancez aussi le concours « Dessine-moi un homard »…
Ce concours est la porte d’entrée du programme d’incubation omart. Il s’adresse aux artistes en arts graphiques souhaitant structurer leur pratique. Chaque année, 10 artistes bénéficient d’un accompagnement sur un an : exposition à l’omarterie XXL, participation au festival et rencontres professionnelles. Objectif : offrir des outils concrets pour vivre de leur art. Ouverture des candidatures le 20 avril.
Le shop prend une nouvelle place cette année. Comment s'articule-t-il ?
L’omarterie XXL prolonge l’expérience du festival toute l’année, permettant de retrouver les artistes au-delà de l’événement. Pensé comme un lieu de vie, l’espace propose un shop (prints, œuvres, textile) ainsi que des ateliers et moments de convivialité.
Avec 75 000 visiteurs, changement de dimension ?
Avec plus d’artistes et d’espaces, l’objectif est d’accueillir un public encore plus large. Le parcours, l’accueil et la programmation ont été repensés en conséquence. L’enjeu : proposer une expérience renouvelée tout en conservant l’ancrage dans un lieu désormais identifié.
AiRT DE FAMILLE repose sur un modèle entièrement financé par le mécénat privé. Est-ce aussi un engagement ?
Le mécénat permet de maintenir une exigence artistique tout en garantissant l’accessibilité. Mais c’est aussi un engagement fort. Celui de construire des projets ancrés dans leur territoire, avec un impact culturel et social réel.
À quoi s’attendre en 2026 ?
Une édition plus ambitieuse, portée par de nouvelles expériences et des univers inédits. Un festival fidèle à son identité : exigeant, accessible et profondément ancré dans son environnement.
Propos recueillis par Carole Cailloux

