Flaine est-elle une station de ski, un musée à ciel ouvert ou une utopie architecturale perchée à 1 600 mètres d’altitude ? Probablement un peu des trois. Avec une exposition consacrée au regard du photographe Myr Muratet, le CAUE de Haute-Savoie propose de regarder autrement cette station pas tout à fait comme les autres.
UNE STATION QUI N’A JAMAIS FAIT COMME LES AUTRES
Impossible de confondre Flaine avec une autre station alpine. Ici, pas de chalets en bois à perte de vue ni de folklore savoyard plaqué sur les façades. À la place : du béton, des lignes franches, des volumes imposants et une architecture qui, depuis sa création dans les années 1960, ne laisse personne indifférent. Pensée par l’architecte Marcel Breuer, figure majeure du mouvement moderniste et ancien maître du Bauhaus, Flaine est née d’une ambition assez radicale : inventer une station nouvelle, où architecture, art et montagne pourraient cohabiter. Plus de soixante ans après, le décor continue de surprendre.
FLAINE, MAIS VUE AUTREMENT
C’est dans cette station singulière que le photographe Myr Muratet a posé son regard. Plutôt que de chercher la carte postale parfaite ou de simplement documenter les bâtiments emblématiques, il s’intéresse à ce qui se joue autour. Entre les façades. Sur les pistes. Dans les rues. À la tombée du jour. Ses photographies racontent une Flaine vivante, traversée par ses habitants, ses saisonniers, ses skieurs et tous ceux qui ne font parfois qu’y passer quelques jours. Car derrière le patrimoine architectural, il y a surtout un territoire en mouvement.
QUAND L’ARCHITECTURE DEVIENT UN DÉCOR DE VIE
C’est peut-être là que l’exposition devient la plus intéressante. Flaine n’est pas seulement regardée comme une icône de l’architecture du XXe siècle. Elle devient un lieu. Un endroit où l’on habite, travaille, circule, attend, joue, skie. Où le quotidien vient parfois bousculer la perfection des lignes imaginées par les architectes. Le béton n’est alors plus seulement un manifeste. Il devient un arrière-plan. Et c’est toute la question que pose le travail de Myr Muratet : que reste-t-il d’une utopie architecturale lorsqu’elle est confrontée, jour après jour, à la vraie vie ?
UNE UTOPIE TOUJOURS HABITÉE
Longtemps, Flaine a suscité les débats. Admirée pour son audace par les uns, jugée froide ou brutale par les autres, elle semble aujourd’hui connaître une nouvelle lecture. À l’heure où les stations de montagne interrogent leur avenir, leur modèle et leur capacité à évoluer, Flaine apparaît presque comme un objet d’étude. Une station qui, dès l’origine, avait imaginé autre chose. Autre chose qu’un simple empilement de lits touristiques. Un véritable projet de territoire, pensé autour de l’architecture et de la création artistique.Le regard de Myr Muratet ne cherche pas à trancher. Il observe. Il cadre. Il laisse apparaître les contradictions, les usages et les petits accidents du réel. Et rappelle au passage qu’un bâtiment ne raconte jamais exactement la même histoire une fois qu’il commence à être habité.
REGARDER LA MONTAGNE AUTREMENT
Avec cette exposition, le CAUE 74 propose finalement une autre façon de parler de la montagne. Pas seulement par ses sommets ou ses performances sportives. Mais aussi par ce que les humains y construisent. Par les paysages qu’ils transforment. Les utopies qu’ils imaginent. Et la manière dont, quelques décennies plus tard, les habitants et les visiteurs se les approprient. À Flaine, le béton n’a donc pas fini de faire parler. Et cette fois, il passe devant l’objectif.
que reste-t-il d’une utopie architecturale lorsqu’elle est confrontée, jour après jour, à la vraie vie ?
INFOS PRATIQUES
Exposition : Flaine, photographies de Myr Muratet
Proposée par le CAUE de Haute-Savoie dans le cadre de son programme d’expositions itinérantes.

